Confédération internationale des syndicats libres (CISL)

 

Violations des droits syndicaux exposées
dans le Rapport annuel de 1998

En 1997, près de trois cents syndicalistes ont été tués pour avoir défendu leurs droits, 1681 autres ont été torturés ou maltraités, 2329 détenus, 3369 ont été victimes d’intimidation et dans 79 pays il y a eu une ingérence flagrante dans les affaires syndicales. Telles sont les constatations du Rapport de cette année, que la CISL publie aujourd’hui.

"Cinquante ans après l’adoption de la Convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale, le plus fondamental des droits des travailleurs/euses, les syndicalistes doivent poursuivre leur lutte pour le droit syndical", a déclaré le secrétaire général de la CISL, Bill Jordan, en présentant le Rapport des violations des droits syndicaux de cette année.

299 personnes ont été tuées

  • Colombie détient le record peu enviable de 156 syndicalistes tués, dont 61 enseignants, pour la plupart victimes des escadrons de la mort, des forces paramilitaires qui rôdent dans le pays.

  • Algérie : Abdelhak Ben Hamouda, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), a été assassiné à l’extérieur du siège du syndicat.

  • Inde : deux travailleurs du textile ont été abattus au cours de manifestations.

2329 personnes ont été détenues pour avoir mené des activités syndicales

  • Ethiopie : 70 enseignants ont été détenus pour avoir signé une lettre dénonçant la répression gouvernementale

  • Indonésie : le gouvernement a harcelé et intimidé pendant six ans le syndicat indépendant, SBSI, et a traduit en justice son dirigeant, Muchtar Pakpahan. En mai dernier, toutefois, à la suite du changement de gouvernement, Pakpahan a été libéré et le secrétaire général de la CISL, Bill Jordan, s’est rendu à Djakarta pour le féliciter.

Mauvais traitements : 1681 militants syndicaux ont été brutalisés pour avoir défendu leurs droits

  • République dominicaine : dans la zone franche d’exportation de Santiago, des bandes armées ont menacé les travailleurs avec des matraques, des couteaux et des armes

  • Swaziland : la SFTU a demandé instamment au Roi d’instaurer des réformes, mais la police a tabassé des travailleurs durant des manifestations pacifiques. Mxolisi Mbata, le trésorier de la SFTU, a été éjecté de son fauteuil roulant et obligé de ramper jusqu’au poste de police après que les policiers eurent ouvert le feu.

  • Kosovo : la police a tiré contre des enseignants et des enfants du primaire au cours de protestations d’Albanais réclamant un enseignement dans leur langue.

Ingérence dans les affaires syndicales : 79 gouvernements concernés

  • Etats-Unis d’Amérique : au moins un militant syndical sur dix faisant campagne pour constituer un syndicat est licencié illégalement.

  • Nigeria : des centrales syndicales ont été fermées depuis les grèves de 1995 et sont actuellement gérées par des administrateurs désignés par le gouvernement.

  • Australie : le gouvernement a encouragé le recrutement de mercenaires pour briser le pouvoir des dockers.

Les travailleurs/euses continuent pourtant d’oser s’organiser

"Ce que le rapport révèle de surprenant", a souligné Bill Jordan, "c’est que même là où la répression des syndicalistes est la plus extrême - comme en Colombie ou en Chine, le courage des hommes et des femmes ne faiblit pas et face à une terrible répression, les travailleurs/euses continuent d’oser s’organiser pour défendre leurs droits.

  • Le rapport de 1997 décrivait de manière détaillée les terribles conditions de travail dans les entreprises cambodgiennes. Cette année, le rapport relate la grève des travailleurs cambodgiens à l’usine hongkongaise de vêtements, Tack Fat, protestant contre de longues heures de travail et des bas salaires.

  • En Bolivie, les travailleurs continuent de réclamer des négociations pour obtenir un salaire décent, malgré le massacre de la Noël en 1996.

  • Les travailleurs britanniques de l’entreprise Co-Steel Sheerness continuent de s’organiser bien qu’ils soient espionnés par la direction.

Des pays toujours plus nombreux enfreignent les droits syndicaux

Chaque année, le nombre de pays qui enfreignent les droits syndicaux augmente, déclare la CISL - on en a dénombré 116 cette année, et la Norvège figure dans le rapport parce qu’elle interdit les grèves dans l’industrie pétrolière. Israël est mentionnée cette année - pour la deuxième fois seulement depuis la première parution du Rapport. Le ministre des finances a décrit les travailleurs ayant participé à une grève générale en décembre 1997 comme "des ennemis de l’Etat" et a comparé les travailleurs municipaux à des "bombes vivantes".

Cinquante ans après la Convention 97

Si la Convention 87 a été adoptée il y a cinquante ans déjà par la Conférence internationale du travail, les gouvernements continuent à dresser contre elle des obstacles légaux.

  • Corée : le gouvernement a essayé d’appliquer des lois antisyndicales et a refusé d’homologuer un syndicat représentant 500.000 travailleurs/euses.

  • Allemagne : l’OIT a critiqué le gouvernement au cours des 29 dernières années pour nier le droit de grève aux employés de l’Etat

  • Honduras : le gouvernement promet aux investisseurs que les syndicats ne seront pas tolérés dans les zones franches d’exportation.

  • Dans la plupart des Etats du Golfe, les syndicats sont interdits.

"Alors que l’on fête le cinquantième anniversaire de la Convention 87, il faut que des progrès décisifs soient faits vers sa ratification universelle", dit la CISL. "Le défi de notre temps est que la mondialisation se fasse également pour les peuples et pour la justice sociale. La Convention 87 est au coeur de ce défi majeur : construire une économie mondiale fondée sur la justice sociale et le respect des droits fondamentaux".