CISL EnLigne
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Interview
Dita Sari: "Le mouvement d'indépendance au Timor oriental fait partie du même combat que celui que nous menons pour la liberté en Indonésie"
Invitée par la CISL, Dita Sari est venue à Bruxelles pour parler de la situation actuelle des syndicats d'Indonésie et du soutien qu'ils apportent au combat pour l'indépendance engagé par le Timor oriental. Dans une interview à la CISL, elle décrit le défi auquel se trouvent aujourd'hui confrontés les syndicats démocratqiues d'Indonésie.
Bruxelles, 7 octobre 1999 (CISL EnLigne): Dita Sari est une jeune femme de 26 ans. En juillet 1996, elle est arrêtée pour avoir pris part à une manifestation dans l'Est de Java. Elle passera trois ans en prison avant d'être libérée en juillet 1999, suite aux pressions internationales.
Comment êtes-vous venue au syndicalisme?
J'ai rejoint le mouvement syndical quand j'étais à l'université. J'ai d'abord adhéré au
"Free Study Forum" (devenu plus tard la SMID, étudiants en solidarité avec la démocratie en Indonésie), puis au PPBI qui était alors un syndicat qui venait tout juste de se créer.
Quel était le rôle du PPBI?
Aussitôt après sa formation, le PPBI a commencé à irriter le pouvoir militaire, d'une part parce qu'il réussissait à organiser les travailleurs, et d'autre part parce qu'il défendait une idéologie politique différente. Sa constitution n'incluait pas le concept de Pancasilla (l'idéologie gouvernementale officielle d'"Harmonie nationale") mais faisait référence au concept de "démocratie sociale". Alors, l'armée a fait courir le bruit que c'était une organisation communiste.
Qu'est-ce qui s'est passé après votre arrestation?
J'ai été jugée, mon procès a duré quatre mois. Les gens disaient que le procès était arbitraire car les charges qui pesaient contre moi incluaient que j'étais impliquée dans les émeutes de Jakarta du 27 juillet 1996 alors que j'étais déjà à cette époque en détention. Durant mon procès, le syndicat a demandé à des experts dont des prêtres catholiques et des politologues d'expliquer qu'il n'y avait aucune connexion entre la démocratie sociale et le communisme comme le prétendaient les militaires. Mais malgré cela, en avril 1997, j'ai été condamnée à six ans de prison pour subversion, peine qui fut ramenée, en appel, à 5 ans.
J'ai été emprisonnée dans trois prisons différentes d'Indonésie et c'est seulement quand je suis arrivée à la prison de Tangerang à Jakarta en 1998 que j'ai appris l'existence de milliers de lettres en provenance des syndicalistes et des membres d'Amnesty international qui demandaient ma libération. Celle-ci eut lieu en juillet de cette année, soit deux ans avant la fin de ma peine.
En fait, en novembre 1998, les autorités m'avaient offert une libération conditionnelle si j'acceptais de ne plus faire de politique et de ne pas voyager à l'étranger avant 2002, ce que bien sûr , j'ai refusé. Depuis ma libération en juillet, j'ai beaucoup voyagé, prenant la parole lors de meetings et de congrès syndicaux. Tout récemment, j'ai été élue présidente du nouveau syndicat FNPBI (Front national pour la lutte des travailleurs d'Indonésie).
Qu'est-il arrivé au PPBI après la répression de juillet 1997?
Le PPBI a décidé qu'il était dangereux d'approcher les travailleurs sous cette bannière et a changé ses méthodes de recrutement. Nos membres ont commencé à mettre en place des syndicats sur les lieux de travail à l'échelle locale et régionale et cela dans chaque province. Les résultats sont aujourd'hui encourageants: lors d'un congrès syndical tenu dans l'ouest de Java ce mois d'avril , huit syndicats régionaux différents étaient présents, tandis qu'à Medan, 21 syndicats issus dentreprises essayaient d'obtenir leur enregistrement. Le PPBI lui-même tente actuellement d'obtenir son enregistrement officiel auprès du gouvernement.
Est-ce que la décision du gouvernement indonésien de ratifier le convention N°87 de l'OIT (sur le droit de s'orgainser?) a permis de mieux faire respecter les droits syndicaux?
Cela signifierait que le gouvernement qui, pendant la période Suharto, n'utilisait que l'armée pour contrôler le mouvement syndical, aurait décidé aujourd'hui de n'avoir recours qu'à la loi. Il y a par exemple une réglementation actuellement à l'examen au parlement qui concerne l'enregistrement des syndicats et qui stipule que "50 % des travailleurs plus un" ont à accepter un syndicat avant qu'il ne puisse être enregistré comme une entité légale. Pourtant, la convention N°87 ne stipule rien de ce genre. Il y a actuellement 19 centrales nationales syndicales qui essayent d'obtenir leur enregistrement, dont la FNPBI, et certaines d'entre-elles rencontrent des difficultés pour satisfaire à ce critère.
Quel est le travail le plus important que les syndicats peuvent réaliser en Indonésie actuellement?
L'organisation syndicale est le travail le plus important à réaliser aujourd'hui. Il faut en particulier s'assurer que les différents syndicats travaillent ensemble et empêcher toute rivalité entre eux, malgré un passé chargé de clivages politiques. Par exemple, nous devrions nous préparer à collaborer avec un syndicat que le FSPI réformé (antérieurement le syndicat soutenu par le gouvernement) est en train de créer dans un entreprise de vêtements dans le nord de Djakarta.
Quel est le rôle des militaires en Indonésie?
Les militaires ont été et restent le facteur déterminant dans la gestion de l'Indonésie. Ils sont toujours intervenus dans chaque aspect de la vie indonésienne et continue de le faire. Il y a très peu de temps, 2000 étudiants ont été réprimés avec violence pour avoir manifesté leur opposition au nouveau décret sur la sécurité intérieure.
Alors que le monde sait le rôle répressif qu'ils ont joué au Timor oriental, il ne réalise pas que l'armée est intervenue dans chaque conflit et à chaque étape du développement syndical au cours de toutes ces années. L'armée a aussi été impliquée dans les attaques contre le syndicat de Pakpahan et dans la répression quotidienne infligée au mouvement syndical indépendant, le SBSI.
Quelle est l'attitude des syndicalistes envers le combat mené au Timor oriental?
Tous les syndicats en Indonésie, même le syndicat oficiel, le FSPSI, soutiennent cette lutte pour l'indépendance. Nous croyons que le mouvement indépendantiste du Timor oriental fait partie du même combat pour la liberté que celui dans lequel les syndicats sont impliqués en Indonésie.
Néanmoins, beaucoup d'Indonésiens n'ont pas soutenu la population du Timor oriental. Depuis 25 ans, la version officielle colportée dans les écoles et collèges et l'histoire officielle de l'invasion du Timor oriental selon Suharto est que l'Indonésie a sauvé le Timor oriental du communisme en 1975. Aussi, après le référendum de cette année, le gouvernement indonésien a joué sur les sentiments nationalistes, accusant les Nations unies et en particulier les Etats-Unis et l'Europe d'avoir manipulé le scrutin et humilié le pays.
Quelles sont les influences majeures sur le développement indonésien?
Les gens ne doivent pas sous-estimer le rôle que le FMI joue dans la détermination du futur d'un pays. Le Fonds monétaire international est intervenu dans la crise asiatique et la rendue plus grave encore, et certainement pas meilleure pour les travailleurs indonésiens. Aujourd'hui, la seule raison pour laquelle le gouvernement indonésien a accepté une force de maintien de la paix est qu' il est effrayé à l'idée que le FMI et la BM pourraient stopper leurs prêts.
Qu'est-ce que les syndicalistes peuvent faire pour aider le combat pour l'indépendance du Timor oriental?
On peut réfléchir aux boycotts qui affectent l'armée et les gouvernements tels que les bourses d'études aux militaires et les contrats gouvernementaux, mais ne pas encourager les sanctions qui risquent de toucher les travailleurs en général. L'Indonésie a été très sérieusement affectée par la crise économique - 30 Millions de travailleurs ont été licenciés-, si bien qu'un boycott des produits indonésiens pourrait conduire à des licenciements plus importants encore.
Confédération Internationale des Syndicats Libres
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