CISL EnLigne
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Une enfant de dix ans tuée par balle. Lattentat contre un syndicaliste fait un blessé. 277 arrestations
Malgré les provocations, la grève générale est largement suivie en Colombie
Bruxelles, 1 septembre 1999 (CISL EnLigne) : La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) a demandé aux autorités colombiennes douvrir une enquête sur la mort dune enfant de dix ans, tuée par balle, au cours daffrontements avec les forces de lordre et sur lattentat qui a visé hier un syndicaliste dans le centre de Bogota, alors que la grève générale, largement suivie en Colombie, entre dans son deuxième jour.
La Confédération a demandé dans un appel urgent à ses organisations affiliées dintervenir au près des autorités pour exiger la fin des provocations, comme elle lavait elle-même fait, dans une communication adressée au Président colombien Andrés Pastrana, à la veille du mouvement.
Cest au cours dun affrontement entre forces de lordre et manifestants dans la banlieue ouvrière de Ciudad Bolivar, au sud de Bogota, quune enfant de dix ans qui se rendait chez une amie pour faire ses devoirs a reçu une balle en pleine tête, la tuant sur le coup.
Au même moment, la voiture du Directeur du département dorganisation de la Centrale unitaire des Travailleurs (CUT), Domingo Tovar Arrieta, a essuyé une salve de coups de feu dans le centre de Bogota. Son garde du corps, Carlos Buitrago a été blessé. Cet attentat a eu lieu cinq minutes après que le police eut reçu l'ordre de se retirer du quartier, selon un autre dirigeant syndical, Tarcisio Mora. "Il s'agit d'une tentative d'intimidation contre le mouvement syndical alors que nous venons de démonter au pays la justesse de nos revendications", a déclaré ce dernier à la presse.
Selon les informations recueillies par la CISL, lattentat aurait été perpétré par une patrouille du service de renseignement de la police nationale (SIJIN). Par ailleurs, la CISL a appris que plus de 277 grévistes ont été arrêtés et emmenés pour une destination inconnue. La confédération indique également que les dirigeants syndicaux à l'origine du mouvement de grève ont reçu des menaces de mort émanant de groupes paramilitaires d'extrême droite. Le pays est quadrillé, depuis hier, par 180.000 militaires et policiers censés intervenir pour éviter les débordements.
En dépit de ce climat dincertitude, la grève générale illimitée, qui se poursuivra aujourdhui 1er septembre, a largement été suivie mardi, notamment dans le secteur public. Les syndicats, avec à leur tête la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT), la Confédération Générale des Travailleurs Démocrates (CGTD) et la Confédération du Travail de Colombie (CTC), exigent un moratoire de la dette extérieure de 35 milliards de dollars, et dénoncent l'austérité du projet de budget 2000 présenté par le gouvernement du président conservateur Andrés Pastrana. 20 millions de salariés ont été appelés par les syndicats à cesser le travail. Seuls 20% des bus circulaient dans la capitale. Toutes les écoles avaient été fermées, mais le transport aérien était assuré normalement. Le port d'armes, la vente d'alcool, ainsi que le transport de bonbonnes de gaz, généralement utilisées par la guérilla pour ses attentats, avaient été interdits. Le secteur privé était moins affecté par la grève.
Le président Pastrana, dont la popularité est désormais sérieusement affectée, a lancé lundi soir, dans une allocution télévisée, un appel au dialogue avec les syndicats sans cependant répondre à leurs principales revendications. Le pouvoir se refuse en effet à décréter un moratoire sur la dette extérieure, au moment où il vient de faire appel, pour la première fois dans l'histoire de la Colombie, au FMI. Pour les syndicats, le prêt de trois milliards de dollars, en cours de négociation avec le Fonds à Washington, est inséparable des mesures d'austérité prévues l'an prochain, et qu'ils combattent.
Le plan gouvernemental inclut une baisse des salaires dans la fonction publique, sauf pour les plus bas, l'augmentation de l'âge de la retraite, ainsi qu'une série de privatisations dans le secteur public et une baisse du tarif des heures supplémentaires. Le pouvoir se prétend contraint à cette politique par la récession que traverse la Colombie, la plus grave depuis 70 ans. Le taux de chômage y est devenu le plus haut de toute l'Amérique Latine (20%), le PIB a déjà baissé de 5,85% cette année, et le déficit public frise les 4%, alors que la croissance devrait être négative en 1999.
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