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Soutien international à la grève générale en Colombie
Bruxelles, le 30 août 1999 (CISL EnLigne): La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) a fait savoir aujourd'hui dans une communication au Président colombien Andres Pastrana, qu'elle soutenait le mot d'ordre de grève générale lancé par les organisations syndicales et sociales de Colombie pour ce mardi 31 août. Dans son message la CISL met les autorités en garde contre toute mesure de provocation de la part des forces de l'ordre, demande que les revendications syndicales soient examinées dans le cadre d'un dialogue social, et exige que soient respectés les droits humains fondamentaux, y compris les droits syndicaux.
La grève générale à laquelle ont appelé l'ensemble des organisations syndicales colombiennes (la CUT, la CGTD et la CTC) ainsi que les mouvements populaires regroupé dans le Comando nacional unitario (Commandement national unitaire), vise à exiger du gouvernement un plan de redressement économique et social qui respecte les besoins de la majorité de la population. Le plan d'austérité pour le budget 2000, calqué sur le modèle néolibéral, annoncé le mois dernier par le gouvernement du président conservateur Andres Pastrana, a en effet catalysé les protestations de toutes les centrales syndicales, alors que le pays se trouve confronté à sa plus grave crise économique depuis 70 ans, et que plus du tiers des 38 millions de Colombiens vivent déjà au-dessous du seuil de pauvreté.
Le projet de budget prévoit notamment une baisse des salaires dans la fonction publique, à l'exception des plus bas, avec un décrochage par rapport à l'inflation (actuellement de 9% par an), l'augmentation de l'âge de la retraite à 62 ans pour les hommes et 57 pour les femmes (contre 60 et 55 actuellement), ainsi qu'une baisse du taux des heures supplémentaires et des coûts de licenciement.
En juillet dernier, pour la première fois de son histoire, la Colombie a fait appel au Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de trois milliards de dollars, en cours de négociation, afin de faire face aux échéances de sa dette extérieure, évaluée à 35 milliards de dollars.
La grève générale qui devrait paralyser l'ensemble du pays ce mardi vise à obtenir un accord entre les syndicats et le pouvoir sur un train de mesures acceptable par toutes les parties. Les organisations sociales et syndicales ont publié un cahier de revendications en 41 points faisant une série de propositions concrètes pour améliorer la situation économique et sociale du pays.
Des propositions dont le pays à grand besoin, estiment la CISL et son organisation régionale interaméricaine, l'Orit, qui mobilise le soutien au mouvement dans toute l'Amérique latine ainsi qu'aux Etats-Unis et au Canada. La croissance, déjà tombée à son niveau le plus bas depuis 70 ans en 1998 (+ 0,6%), est en effet devenue négative cette année. La crise s'est déjà traduite par la faillite de 3.675 entreprises pendant les sept premiers mois de l'année. Le PIB a baissé de 5,85% au premier trimestre par rapport à la même période de 1998. Le chômage touche 19,5% de la population active, chiffre le plus haut jamais atteint en Colombie. Pendant les cinq premiers mois de l'année, la production industrielle a chuté de 18,4% par rapport à la même période de 1998, et les exportations ont baissé de 8,7%, malgré la reprise des cours du café et du pétrole, deux des principales sources de devises pour le pays. La monnaie - le peso - a connu deux dévaluations de 10 et 9 % en septembre 1998 et juin dernier. Quant à la dette publique, elle s'est aggravée, à la suite d'une baisse du recouvrement des impôts, et concerne 20 des 35 milliards de dollars de la dette extérieure, dont les syndicats exigent un moratoire.
Mais les revendications des organisations sociales et syndicales, qui parlent au nom des 20 millions de travailleurs concernés par le mouvement de grève de mardi, concernent également l'exigence de garanties pour la liberté syndicale, les droits de l'homme et l'exercice du droit d'expression dans les entreprises.
Selon les syndicats colombiens, 72 dirigeants syndicaux ont été assassinés l'an dernier. Outre la menace des milices paramilitaires d'extrême-droite et parfois des guérillas d'extrême-gauche, les dirigeants syndicaux doivent également subir les outrages de la force publique colombienne lors de détentions arbitraires ou de répressions de manifestations, expliquent les syndicats. Les organisations syndicales conduites par la Centrale unitaire des Travailleurs (CUT), la Confédération du travail de Colombie (CTC) et la Confédération des travailleurs démocratiques (CGTD), appuyées par la CISL et l'Orit, ont donc réclamé des garanties avant les manifestations et l'arrêt de travail prévus mardi prochain. Douze militants syndicalistes ont été assassinés lors de la grève générale d'octobre dernier, selon les chiffres des syndicats.
Dans un rapport publié en juin dernier, la CISL accusait le gouvernement de n'avoir pris aucune mesure pour contrôler les actions des paramilitaires qui agissent, dit-elle, "en toute impunité". Le rapport de la CISL, qui décrit des violations de droits syndicaux dans 119 pays, classe la Colombie comme le pays le plus dangereux pour les syndicalistes. La CISL y dénombrait 98 assassinats en 1998, et des menaces de morts proférées contre 270 militants syndicaux. Elle indiquait également que 500 syndicalistes avaient dû quitter leur domicile pour des raisons de sécurité.
La Colombie connaît depuis 35 ans une véritable guerre civile, qui a déjà fait 120.000 victimes. Elle oppose l'armée, les guérillas des "Forces armées révolutionnaires de Colombie" (FARC, marxistes), de "l'Armée de libération nationale" (ELN, guévariste), et les milices paramilitaires d'extrême droite.
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