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La CISL s'inquiète du sort des syndicalistes indépendants en Chine

Bruxelles, 24 décembre 1998 (CISL EnLigne): Alors que se prépare pour dimanche 27 décembre un nouveau procès pour "atteinte à la sécurité de l'Etat" contre un syndicaliste indépendant chinois, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) craint que les militants syndicaux deviennent la cible privilégiée de la répression par le régime chinois en 1999, notamment en raison de la détérioration de la situation sociale.

Selon la CISL, le nombre des conflits sociaux s'est considérablement accru en Chine alors que des millions de travailleurs, privés de liberté syndicale, se retrouvent au chômage et que des milliers d'entre eux n'ont plus été payés depuis des mois.

Les statistiques officielles situent le chômage urbain à 4 pour-cent de la population active, soit 8 millions de sans-emploi, mais des sources indépendantes estiment que le chômage affecte d'ores et déjà près de 30 millions de Chinois. La restructuration du secteur public qui se poursuivra en 1999 devrait voir les rangs de chômeurs se gonfler de plus de 3 millions d'individus. En 1998, 10 millions de personnes ont perdu leur emploi et à peine un cinquième d'entre eux ont trouvé à se recaser.

Le 17 novembre dernier, plus de deux cents travailleurs ont bloqué le trafic dans la ville de Changsa pour protester contre le non-paiement de leurs salaires depuis six mois. Une quinzaine de jours plus tôt, une trentaine de travailleurs organisaient un sit-in devant l'hôtel Minzu, situé près de la place Tiananmen à Pékin, dont ils avaient été licenciés sans indemnités. En octobre, 500 travailleurs ont bloqué le trafic ferroviaire dans la province de Sichuan exigeant le paiement de trois mois d'arriérés de salaires par l'aciérie Peijang, une entreprise publique aujourd'hui en faillite. Une dizaine de travailleurs ont été arrêtés lors de la confrontation avec les forces de police. Sur les quelque 300.000 entreprises d'état, aujourd'hui en restructuration, plus de la moitié affiche un déficit chronique, estime la CISL.

La Confédération affirme également que les appels à la formation de syndicats libres se multiplient, face à l'immobilisme de la centrale syndicale officielle (All-China Federation of Trade Unions) liée au pouvoir. En janvier dernier, Li Qingxi, un militant des syndicats libres, était interpellé par les services de sécurité de son usine de la compagnie générale de l'industrie nucléaire, car il souhaitait défendre les droits des travailleurs. Plusieurs "lettres ouvertes" circulent en Chine invitant les travailleurs à s'organiser en dehors de la structure officielle.

"La répression qui s'abat sur les militants syndicaux est de plus en plus féroce, à mesure que la crise sociale s'amplifie", note la CISL. Un rapport publié en octobre par la Confédération fait état de torture et de mauvais traitements infligés aux syndicalistes en détention. "La répression physique qui inclut des tabassages réguliers se combine au confinement des syndicalistes dans les sections pénitentiaires réservées aux malades contagieux souffrant de tuberculose ou d'hépatite", indique le rapport de la CISL.

La Confédération a compilé une liste de 24 prisonniers emprisonnés en raison de leurs activités syndicales. Cinq d'entre eux ont été arrêtés en 1998. "Cette liste est loin d'être exhaustive en raison des difficultés d'obtenir des informations en provenance de Chine", précise la CISL.

Si le militant syndical Liu Nianchun a été libéré et expulsé vers les Etats-Unis la semaine dernière en raison de son état de santé, trois autres militants démocrates, Xu Wenli, Qin Yongmin et Wang Yucai viennent d'être condamnés à 13, 12 et 11 ans de prison respectivement. Parmi les charges retenues contre Xu Wenli figure "une lettre ouverte aux travailleurs chinois" qu'il avait signée conjointement avec Qin Yongmin et qui appelait les travailleurs à former des syndicats indépendants conformément à la loi chinoise et au pacte international des droits économiques, sociaux et culturels ratifié par la Chine.

Ce dimanche 27 décembre, Zhang Shanguang, un autre militant syndicaliste, arrêté en août dernier, devrait comparaître devant la justice de la province de Hunan (centre) pour "atteinte à la sécurité de l'Etat". Il a en fait été emprisonné pour avoir tenté de mettre sur pied une organisation de défense des droits des chômeurs.

Suite à cette nouvelle vague de répression, la CISL a exhorté les gouvernements et les organisations internationales à adopter une attitude plus ferme à l'égard de la Chine et à renoncer à la "diplomatie douce" qui n'a jusqu'ici donné aucun résultat. En juillet dernier la CISL a dû renoncer à l'envoi d'une mission syndicale internationale de haut niveau en Chine en raison du refus des autorités chinoises de permettre à ses membres de rendre visite aux syndicalistes emprisonnés et de placer la situation des droits syndicaux au centre de ses entretiens.

"Alors que la crise sociale chinoise exige de plus en plus une représentation authentique des travailleurs - et que les appels en ce sens se multiplient - nous craignons que c'est par la répression qu'elle sera appréhendée par les autorités chinoises", s'inquiète la CISL.

La CISL, dont le siège est à Bruxelles, regroupe 211 centrales syndicales nationales de 145 pays représentant plus de 125 millions de travailleurs et travailleuses dans le monde.

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