CISL EnLigne
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Maquiladoras àTijuana
Détention probable d'un dirigeant syndical
indépendant
(par Marcela Szymanski)
Bruxelles, 22 décembre 1998 (CISL EnLigne): Le Secrétaire général du syndicat des travailleurs de lindustrie et du commerce "6 de Octubre", Enrique Hernández Félix et son conseiller juridique José Angel Peñaflor pourraient se retrouver en prison le jeudi 24 décembre, date à laquelle expire leur mise en liberté sous caution qui leur avait été octroyée dans la ville de Tijuana (Etat de Basse-Californie, Mexique). Laccusation qui est portée contre eux - mais dont ils se disent innocents - est davoir privé de sa liberté le gérant de lentreprise Han Young Internacional, Monsieur Ho Young Lee, de nationalité coréenne.
Ce fait se serait produit le 2 juin 1998. Hernández Félix et Peñaflor ont été arrêtés à la porte de leur domicile à 8.30 heures du matin le 17 décembre. Vers 10.30 heures, on leur communiqua quils faisaient lobjet dun mandat darrêt et ils furent ensuite directement interrogés. Ils demandèrent la présence de leurs avocats. Lorsque ceux-ci se présentèrent, ils versèrent pour chacun des deux inculpés une caution de 10.000 pesos (environ 1000 $US), en espérant que le tribunal se prononce le 24 décembre soit pour lincarcération formelle soit pour la libération des accusés.
Au cours dune communication téléphonique depuis les bureaux du syndicat, Enrique Hernández Félix sest dit très préoccupé face à la perspective dun jugement en sa défaveur car selon lui cest une coïncidence plus que fortuite que lon essaie maintenant de rendre effectif le mandat de détention, requis le 2 juin, alors qu'en période de fêtes il ny a que très peu dinstances juridiques qui fonctionnent à plein régime. Autre coïncidence : le syndicat "6 de Octubre" est sur le point datteindre sa première année denregistrement (le 14 janvier) et lincarcération du secrétaire général pourrait servir de prétexte pour annuler lenregistrement quils ont mis deux ans à obtenir, en ayant même mené une grève de la faim du 20 novembre au 19 décembre 1997.
Lorigine des accusations de privation de la liberté du gérant de la maquiladora, qui fabrique des châssis pour les voitures Hyundai, pourrait, selon Hernández Félix, être réfutée par les journalistes qui étaient présents le 2 juin. Hernández Félix a demandé la présence du reporter Arturo Córdova comme témoin en sa faveur. "Monsieur Ho Young Lee est entré dans la fabrique avec sa propre clé et il pouvait en sortir quand il le souhaitait", a déclaré Hernández Félix qui préfère commencer son témoignage par des faits survenus des mois auparavant : Ce jour-là, un groupe de grévistes de la faim bloquaient les portes ; le motif de la grève était lié au difficile processus denregistrement dun syndicat indépendant qui risquait une nouvelle fois dêtre annulé. "Après la grève de la faim, la personne qui représentait alors le ministère du travail nous a remis laccord de reconnaissance du syndicat ; cétait le 14 janvier 1998. Lunique condition était que nous procédions à un autre vote dans la fabrique et que nous fassions la preuve que nous comptions plus de 100 affiliés". "Nous sommes 84 employés de la base, le jour du vote nous avons été informés que ceux du "6 de Octubre" avaient perdu par 58 voix contre 63 !" (soit 121 au total!).
Faisant usage des recours légaux à sa disposition, Hernández Félix et ses affiliés ont demandé limmunité (habeas corpus) contre le jugement et ils appelèrent à la grève, une situation qui se prolongea jusquau 22 mai quand le secrétaire général du gouvernement de lEtat de Basse-Californie, Ricardo González Cruz, les informa que la grève serait déclarée "inexistante", ce qui les mettait en position dillégalité. Avec un deuxième instrument de (482/98-B-Tribunal du 5e district de Tijuana), la grève sest poursuivie devant les bâtiments de Han Young. Selon Hernández Félix, le 3 juin le greffier envoyé spécialement par Monsieur González Cruz est arrivé sur les lieux, a enlevé les calicots des grévistes et sest frayé un chemin avec le gérant jusquau bâtiment. Les travailleurs replacèrent ensuite les calicots, le gérant Ho Young Lee resta seul dans le bâtiment doù il ne sortit que 24 heures plus tard, de lui-même, et sans avoir dû demandé lautorisation, selon les travailleurs.
Cest pour ces faits que lon accuse Hernández Félix davoir privé le citoyen coréen Ho Young Lee de sa liberté. Et pour rester en liberté jusquici José Angel Peñaflor et lui-même ont payé plus de 60.000 pesos mexicains de caution (près de 6000 dollars US), tout cela parce quils étaient à la tête dun groupe de travailleurs qui gagnent un salaire journalier de 4 dollars US pour travailler 11 à 12 heures par jour .
Dans lattente du jugement le jeudi 24 décembre, le syndicat "6 de Octubre" a demandé à des groupes de soutien denvoyer des messages de protestation en demandant que justice soit rendue aux travailleurs à lattention de M. Mario E. Garzón Chapa (Tél : (+52)64 5 54 65, 645 23 45, 645 39 95 ; Fax : 645 21 80) du bureau du gouvernement de lEtat de Basse-Californie. Le syndicat "6 de Octubre" a entamé des procès contre trois autres maquiladoras de la région de Tijuana, des procès dont on soccupera difficilement, si le dirigeant du syndicat est en prison.
La CISL est intervenue auprès de ses organisations affiliées en leur demandant d'appuyer les revendications de justice du syndicat mexicain. Elle est également intervenue directement auprès des autorités.
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