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La CISL exhorte les consommateurs à utiliser leur pouvoir d’achat pour aider les travailleurs et travailleuses de l’industrie du jouet

Bruxelles, 21 décembre 1998 (EnLigne CISL): "Les auxiliaires du Père Noël qui produisent des jouets pour la fête de Noël sont exploités, travaillant de très nombreuses heures dans des conditions épouvantables", déclare la CISL. "Dans le cas qui nous occupe, les auxiliaires du Père Noël sont des travailleurs qui fabriquent dans les usines chinoises les jouets comme "Furbies" ou "Teletubbies", grande mode cette année, et leurs patrons sont les entreprises multinationales occidentales".

Pour répondre à cette demande effrénée, les "Furbies" sont vendus sur Internet au prix de 200 $us la pièce

selon un nouveau rapport publié par l’Asia Monitor Research Centre, un travailleur d’une usine chinoise qui fabrique ces jouets gagne moins de 50 $us par mois alors qu’il travaille six jours par semaine et quatorze heures par jour.

La CISL appelle les consommateurs à utiliser leur pouvoir d’achat pour faire comprendre aux entreprises qu’ils souhaitent acheter suivant leur conscience et être certains que les jouets qu’ils achètent pour leurs enfants ne sont pas fabriqués par une main-d’oeuvre exploitée et sous-payée dans des usines qui n’offrent aucune sécurité.

Un récent rapport sur la production mondiale de jouets, publié par l’Asia Monitor Research Centre de Hong Kong, contient les informations suivantes:

80% des jouets produits dans le monde sont fabriqués en Chine mais la véritable production des jouets est organisée via Hong Kong où des acheteurs d’outre-mer pensent que les fabricants de jouets sont parmi les meilleurs au monde pour la production de jouets de haute qualité et dans des délais de livraison très courts.

Pour un jouet qui se vend au détail 10 $us pièce aux Etats-Unis, 8 $us vont au transport, à la commercialisation, au commerce de détail et au profit, un dollar est partagé par la direction et le transport vers Hong Kong, 65 cents sont dépensés pour les matières premières et la Chine gagne 35 cents pour fournir les sites, la main-d’oeuvre et l’électricité.

Les frais de main-d’oeuvre ne représentent qu’une partie du 0,035% du prix que la Chine perçoit pour chaque jouet.

La semaine dernière, la CISL a décrit le sort de Liu Jingsheng, fondateur des syndicats libres de Chine (FLUC), arrêté en 1992 et condamné à 15 ans de prison pour "activités contre-révolutionnaires"

Le chercheur May Wong a interviewé en Chine des travailleurs de l’industrie du jouet dans12 des fabriques de jouets les plus importantes et il a découvert que les travailleurs connaissaient des problèmes dès qu’ils commençaient à travailler. Ils sont obligés de payer à l’entreprise un dépôt lorsqu’ils sont embauchés, dépôt que l’entreprise s’engage à rembourser après un certain temps mais qui n’est souvent jamais remboursé. Certains travailleurs, par exemple ceux qui sont employés pour Laxo qui produit Mickey Mouse pour Disney ne reçoivent leur premier mois de salaire que trois mois plus tard.

Le rapport fournit les détails suivants:

Les travailleurs formulent de nombreuses plaintes à propos de la manière dont les entreprises les sanctionnent pour de petits délits, bien que cette pratique soit contraire au code du travail de la Chine. Par exemple, les travailleurs qui quittent sans l’autorisation l’entreprise Happy Crafts (qui produit des jouets pour le détaillant italien Chicco), perdent trois jours de salaire tandis que d’autres sont sanctionnés pour des faits tels que la perte de leurs tickets-repas.

De nombreux travailleurs vivent dans des dortoirs et reçoivent leurs repas à l’usine. Ils doivent payer jusqu’à 18 $us (sur un salaire mensuel de 60 $us) pour leurs repas. Selon les travailleurs de l’usine Tri-S qui produit des jouets pour Fisher Price, le petit déjeuner consiste parfois en de la nourriture non consommée la veille au soir. Récemment, des travailleurs de l’usine V-tech ont été hospitalisés après avoir mangé de la nourriture avariée fournie par les cantines et ils ont dû payer leurs propres frais d’hospitalisation.

Parfois les dortoirs sont immenses, sans aucune intimité. Les travailleurs de l’usine Tri-S doivent dormir dans des dortoirs qui peuvent contenir 300 personnes dormant dans des lits superposés. A l’entreprise Bingo Toy qui produit les jouets Tomy, deux balcons du nouveau dortoir se sont effondrés en août dernier tuant 7 travailleurs et en blessant plus de trente. En septembre, six travailleurs étaient toujours à l’hôpital et trois, qui avaient été grièvement blessés attendaient d’être à nouveau opérés. Ces trois travailleurs craignent que la direction ne paie pas les frais de l’opération s’ils ne retournent pas au travail.

En fait, de nombreux travailleurs essaient de quitter ces usines parce que les conditions y sont trop mauvaises. Toutefois, même ce droit leur est refusé car ils sont souvent maintenus dans l’usine contre leur gré et ne sont pas autorisés à démissionner, en particulier en plein milieu d’un contrat de production. A l’usine Meitai, qui produit des poupées Barbie, les travailleurs ne peuvent démissionner au cours des trois premières années d’emploi. Afin d’empêcher les travailleurs de partir, certaines fabriques gardent la carte d’identité des travailleurs de sorte que lorsqu’ils s’en vont, ils perdent leur carte, leur salaire et leur dépôt.

Une des meilleures façons de protéger ces travailleurs serait de les autoriser à former des syndicats indépendants ou d’y adhérer, dit la CISL, ce qu’ils sont autorisés à faire aux termes de la législation chinoise du travail. toutefois, dans la pratique, la loi est sans effet car les travailleurs peuvent uniquement adhérer à l’All China Federation of trade Unions qui est subordonnée à l’Etat et au Parti communiste chinois. Etant donné que l’ACFTU refuse de prendre la défense des travailleurs, des employés aux deux usines - Zhongshan International (Tomy) et Laxo (Disney-Michey Mouse) sont partis en grève. Comme il n’y a pas de réseau de soutien comme un syndicat, ces grèves ont échoué. Certains travailleurs ont ensuite été licenciés et à Laxo leurs salaires ont été gardés en suspens et ils ont été obligés de rédiger une déclaration de repentir.

La CISL travaille avec les syndicats dans le monde pour améliorer les conditions de travail des travailleurs et travailleuses de l’industrie du jouet. En Irlande, l’Irish Council of trade Unions (ICTU) fait campagne avec Trocaire pour que les consommateurs et les consommatrices écrivent aux directions des principaux détaillants de jouets. Au Royaume-Uni, le TUC a organisé des campagnes pour la main-d’oeuvre de l’industrie du jouet et la DGB en Allemagne a fait de même. UNITE, le syndicat des travailleurs de l’industrie vestimentaire aux Etats-Unis a également organisé des campagnes découlant de l’incendie de l’usine de jouets Kader en Thaïlande en mai 1993.

La CISL demande aux consommateurs et consommatrices qui achètent des jouets à Noël d’écrire au président des sociétés de vente au détail des jouets pour leur demander d’assurer que les droits syndicaux soient respectés dans les usines qui produisent leurs jouets.


Confédération Internationale des Syndicats Libres
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Contacter: Luc Demaret au: 00 322 224 0212 - press@icftu.org


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