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Surprises désagréables à la lecture dun nouveau rapport sur les droits des travailleurs(euses) au Canada
Bruxelles, le 16 décembre 19989 (Info CISL) : "Ce nouveau rapport sur les droits des travailleurs(euses) au Canada anéantit lillusion dun Canada ayant une attitude progressiste en matière de droits syndicaux". Tel est le constat de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) suite à la publication dun rapport destiné à compléter lexamen des politiques commerciales effectué par lOMC sur le Canada.
Le rapport décrit un pays où le gouvernement fédéral et les autorités provinciales semblent prêts à chaque occasion à rejeter les droits syndicaux. La principale infraction aux droits syndicaux fondamentaux commise par le gouvernement canadien et de nombreuses autorités provinciales est leur ingérence dans le droit de négociation collective des syndicats dans le secteur public. Ils ne prennent en outre aucune mesure face aux discriminations antisyndicales flagrantes dont des entreprises privées se rendent coupables. Le gouvernement a également refusé de ratifier la Convention 98 de lOIT sur la négociation collective.
La violation du droit des employés de la fonction publique à la négociation collective a commencé en 1977 avec ladoption en Alberta de la Loi sur les relations du travail dans la fonction publique. Cette tendance sest également manifestée dans diverses provinces dont le Manitoba et lOntario avec ladoption dune loi en 1997 spécifiquement dénommée loi "empêchant la syndicalisation conformément à la Participation de la communauté". Les provinces dAlberta, de lîle du Prince-Edouard et de Nouvelle-Ecosse limitent le droit de grève des employés des services publics. Le gouvernement conservateur de lOntario interdit au personnel hospitalier de faire grève, nayant pas réussi grâce à une campagne syndicale musclée, à faire adopter une législation à large portée en 1997 qui aurait interdit toutes les grèves des employés des services publics.
Les travailleurs du secteur public qui assurent des services essentiels ne sont pas autorisés à faire grève dans la plupart des provinces et la province dAlberta a été plus loin en élargissant les "services essentiels" jusquà y inclure des emplois comme le jardinage. Cette mesure, tout comme une autre du même type au Québec définissant de trop nombreux services comme "essentiels" a été à juste titre critiquée par lOrganisation internationale du travail, mais les deux gouvernements provinciaux ont ignoré les recommandations de lOIT visant à amender leur législation.
Les travailleurs du secteur privé sont eux aussi fortement touchés par cette attitude antisyndicale, les employeurs étant libres de singérer dans les affaires syndicales. Lingérence des employeurs dans les droits des travailleurs du commerce de détail en Alberta rend lexistence des syndicats pratiquement impossible. Dans la province dOntario, les droits syndicaux des architectes, dentistes, géomètres, avocats et médecins sont supprimés en raison damendements à la Loi sur les relations du travail et de lemploi. Cette législation a également supprimé la protection de la reconnaissance syndicale et les conventions collectives pour le personnel sous contrat.
McDonalds, la chaîne de hamburgers, férocement antisyndicale, a fermé lun de ses restaurants au Québec en février de cette année après ladhésion de 82 pour cent de son personnel à un syndicat. McDonalds nautorise aucun syndicat dans ses restaurants nord-américains tout en les autorisant dans quelques pays européens et, la multinationale a été obligée de reconnaître un syndicat en Colombie-Britannique. Une plainte a été introduite au titre de lAccord nord-américain de coopération dans le domaine du travail, qui stipule que les pays doivent se conformer aux lois existantes du travail sur les droits fondamentaux des travailleurs.
Toutefois, cet accord sur la coopération dans le domaine du travail au sein de lALENA na eu aucun effet à ce jour pour la sauvegarde des droits des travailleurs étant donné que les quatre premiers cas soumis de travailleurs licenciés pour avoir essayé de sorganiser en syndicats chez Honeywell, General Electric, Sony et Sprint, nont pas abouti à leur réinsertion. Le cas le plus récent a été introduit il y a juste deux semaines à la suite du refus du gouvernement canadien dautoriser les employés ruraux de la poste de sorganiser. Ces travailleurs touchent pour linstant moins que le salaire minimum.
Discrimination
Les femmes constituent aujourdhui près de la moitié de la population active mais elles ne touchent en moyenne quenviron 80 pour cent du salaire moyen de leurs homologues masculins. Bien que le gouvernement ait ratifié les conventions de lOIT sur légalité de traitement et contre la discrimination, la plupart des femmes stagnent dans les emplois les plus faiblement rémunérés. Lorsquune nouvelle loi sur légalité des salaires est entrée en vigueur au Québec en 1997, pas un seul syndicat ou organisation de femmes na été inclus dans le comité destiné à contrôler son application.
Selon le Comité canadien daction nationale sur la condition de la femme, même si la législation canadienne interdit le harcèlement sexuel, quatre-vingt-dix pour cent des travailleuses disent avoir subi un harcèlement sexuel au travail.
La discrimination frappe également fortement les populations indigènes qui sont largement sous-représentées au sein de la population active, ainsi que les groupes particulièrement pauvres. Le Canada a fait lobjet de fortes critiques pour cette discrimination en novembre 1998 au Comité des Nations Unies des droits économiques, sociaux et culturels et le gouvernement canadien na pas encore répondu à ces critiques.
Le gouvernement canadien na pas ratifié deux autres conventions fondamentales du travail : la Convention N° 138 de lOIT sur lâge minimum dadmission à lemploi (contre le travail des enfants), et la Convention N° 29 contre le travail forcé. Sil ny a aucune preuve manifeste de travail forcé au Canada, le travail des enfants est présent dans la main-doeuvre agricole migrante dans la culture des fruits et légumes au Manitoba, dans lOntario et en Colombie-Britannique.
Conclusion
La CISL fait remarquer que des mesures ont été prises pour établir le plein respect des normes fondamentales du travail au Canada. Tout dabord, le Canada devrait ratifier la Convention N° 98 de lOIT sur le droit de négociation collective et assurer en outre que le gouvernement fédéral et les autorités provinciales octroient ces droits aux travailleurs(euses). Dautre part, les travailleurs(euses) des services non essentiels en Alberta, Ontario, sur lîle du Prince-Edouard et en Nouvelle-Ecosse, ainsi que dans les secteurs portuaires et ferroviaires, doivent avoir le droit de grève.
La CISL déclare que lOMC devrait rappeler au gouvernement canadien ses engagements à respecter les normes fondamentales du travail et devrait également demander à lOIT dintensifier son travail avec le Canada afin dassurer que ce pays adapte sa législation aux conventions fondamentales du travail de lOIT.
Le rapport de la CISL sur le Canada se trouve sur le site Web de la CISL
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