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Le mouvement syndical sous surveillance au Zimbabwe

Bruxelles, 14 décembre 1998 (CISL EnLigne): La Confédération des syndicats zimbabwéens (ZCTU) n’en finit plus d’indisposer le président Robert Mugabe. Ce jeudi 10 décembre, 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, un hebdomadaire local, la Financial Gazette révélait que les services de renseignements du Zimbabwe menaient depuis plusieurs semaines des enquêtes sur les activités de la centrale syndicale dans le but de l’affaiblir. Pour le gouvernement, il s’agit de démontrer que l'aide internationale au mouvement syndical du Zimbabwe, serait en réalité destinée à lui permettre de s'emparer du pouvoir.

Il est vrai qu’avec ses 400 000 adhérents et le soutien des neuf dixièmes de la population active du pays, la ZCTU ne s’est jamais autant qu’aujourd’hui retrouvée en mesure de mener la vie dure au ZANU-PF, le parti unique du président Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1980. Mais cette révélation montre surtout dans quelle impasse s’est placé le gouvernement, incapable de mettre en oeuvre une politique efficace pour sortir le pays de la grave crise socio-économique qu’il traverse.

En novembre, les deux journées de grève générale observées à l’appel de la ZCTU ont été largement suivies, paralysant l’activité des grandes villes. Le mouvement social voulait ainsi protester une nouvelle fois contre la mauvaise gestion économique et la hausse du coût de la vie, après que le gouvernement ait décrété une augmentation de 67% du prix du fuel. La ZCTU revendique aussi une revalorisation salariale de 20%, l’abolition de certaines taxes et une réduction des postes ministériels. La corruption généralisée et les dépenses militaires qui ont résulté de l’engagement de l’armée nationale dans le conflit en RD Congo sont également mis en cause par la centrale des syndicats qui demande que le gouvernement reconnaisse publiquement sa responsabilité dans une crise qui a vu un accroissement rapide de l’inflation et l’effondrement (60% en un an) du dollar zimbabwéen.

Choisissant la voie de la confrontation, le pouvoir a d’abord réagi en décrétant l’interdiction temporaire des grèves et en menaçant les leaders syndicaux de peines de prison, avant d’accepter la tenue d’une réunion destinée à renouer le dialogue social comme les syndicats ne cessaient de le demander. En vain, puisqu’à l’issue de la rencontre du 9 décembre, Morgan Tsvangirai, secrétaire général de la ZCTU déclarait que le gouvernement ne voulait rien concéder sur les questions de fond.

Mais en se montrant une nouvelle fois inflexible, le pouvoir s’isole un peu plus, comme en témoignent les reproches formulés par le patronat, également déçu par l’échec des discussions et qui réclame davantage de transparence dans le fonctionnement de l’Etat. A l’alliance objective entre le patronat et le syndicat qui estiment tous les deux que le président Mugabe est responsable du déclin économique du pays, s’ajoutent les réticences des bailleurs de fonds internationaux à soutenir un régime aussi impopulaire qu’inefficace. C’est ainsi que le FMI a renvoyé à plus tard l’examen initialement prévu ce 11 décembre du dossier zimbabwéen qui aurait permis l’octroi d’une importante aide financière.

Dans ce contexte, l’annonce dans la presse locale d’enquêtes menées par l’Organisation centrale de renseignements (CIO) à l’encontre du mouvement syndical, apparaît comme une nouvelle manifestation de l’embarras du président Mugabe qui ne sait plus comment faire face au mécontentement social qu’il a lui même suscité. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il essaie de discréditer les syndicats. En mars 98, éclataient des révélations sur l’existence d’un plan visant à éliminer la ZCTU, qu’au sommet de l’Etat, on considère désormais comme un parti politique d’opposition. Il s’agissait d’étudier les moyens légaux de "délégaliser" la ZCTU. Quelques mois plus tôt, en décembre 1997, Morgan Tsvangirai avait été transporté à l'hôpital en état de coma après avoir été attaqué violemment dans son propre bureau. Ses assaillants n'ont jamais été identifiés et l'enquête de la police est toujours au point mort.

Cette fois, implicitement visée par la CIO, la CISL rappelle qu’elle a envoyé en novembre un message destiné au chef de l’Etat dans lequel elle réaffirmait son soutien à son organisation affiliée, elle lui demandait de soutenir le dialogue social et de prendre des mesures pour éviter toute répression. Une ingérence apparemment jugée insupportable par le régime qui tente aujourd’hui de répliquer comme il peut. Mais ces manoeuvres fallacieuses laissent craindre une escalade de la violence de la part d’un régime aux abois qui dans un passé proche, n’a pas hésité à utiliser la manière forte pour museler toute contestation.


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