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Des pays mis à l’index pour infraction aux droits humains lors de la célébration du 50e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Bruxelles, le 9 décembre 1998 (Info CISL) : Le jour du 50e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la plus importante organisation syndicale internationale, la CISL, a fait remarquer que "des gouvernements, des employeurs et de nombreuses organisations intergouvernementales n’ont pas fait grand-chose pour protéger les droits humains des travailleurs". A cette occasion, la CISL qui représente plus de 120 millions de membres syndicaux dans 141 pays et territoires, a attiré l’attention sur sa liste de travailleurs morts, détenus, torturés, tabassés ou privés de leur liberté. Cette liste, publiée chaque année, rappelle tristement les dangers qui guettent les syndicalistes dans leur combat pour faire respecter des droits énoncés dans la législation internationale. La CISL précise que les noms qui figurent sur sa liste appartiennent "de droit aux défenseurs des droits humains dont le sort est régulièrement dénoncé par des organisations non gouvernementales partout dans le monde".

Sur cette liste figurent notamment :

Des personnes assassinées :

Saul Cañar Pauta, syndicaliste de premier plan et avocat des droits de l’homme en Equateur, dont le corps a été retrouvé le 5 décembre 1998 à Latacunga, à trois heures de la capitale Quito où Saul Cañar Pauta avait été enlevé le 26 novembre. Il y a deux semaines en Colombie, où plus de 160 syndicalistes ont été assassinés en 1997, Oscar Artunduaga Nunez, du syndicat du secteur public de Cali, a été sauvagement assassiné le 14 novembre 1998. Le mois précédent, des syndicats et des organisations de droits de l’homme ont attaqué le gouvernement nouvellement élu du Président Pastrana pour "n’avoir même pas assuré des normes de protection minimale à des dirigeants syndicaux", après l’assassinat de Jorge Ortega Garcia, le vice-président de la CUT, l’organisation syndicale la plus importante de Colombie. Jorge Ortega Garcia a été abattu de trois balles de revolver dans la tête en octobre 1998.

Des personnes détenues :

Liu Jingsheng, fondateur des Syndicats libres de Chine (FLUC), arrêté en 1992 et condamné à 15 ans de prison pour "activités contre-révolutionnaires".

Dita Indah Sari - dirigeante d’un syndicat indépendant en Indonésie - détenue depuis 1996 et condamnée à cinq ans de prison pour subversion. Elle est toujours incarcérée en dépit des promesses répétées du gouvernement du Président Habibié depuis juin dernier "d’ordonner sa libération d’urgence".

Le Dr Taye Woldesemaite - Président de l’Association éthiopienne des enseignants qui, après une année de détention préventive, a dû garder en permanence des menottes en prison pour ‘outrage à la Cour".

La liste montre qu’aucune personne qui lutte pour les droits syndicaux n’échappe à la colère de gouvernements ou d’entreprises. En 1997, 299 syndicalistes ont été assassinés et il y a eu 4210 cas de harcèlement, d’intimidation et de menaces de mort contre des personnes menant des activités syndicales. Les gouvernements intensifient leurs attaques contre les travailleurs - en 1997, 2330 personnes ont été arrêtées ou interrogées pour avoir mené des activités reconnues dans la législation internationale et codifiées par l’Organisation internationale du travail.

Partout dans le monde, les organisations syndicales ont marqué la journée des droits de l’homme par des marches, des débats, des manifestations et des démarches auprès des autorités publiques comme les parlements ou les gouvernements nationaux. Les syndicats ont montré du doigt la Colombie, la Corée du Sud, le Soudan et plusieurs autres pays. A Genève, des Secrétariats professionnels internationaux ont manifesté devant la mission diplomatique de la Corée. En Scandinavie, mais également au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Serbie et dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et du continent américain, les syndicats ont organisé des commémorations spéciales, souvent en collaboration avec des organisations de droits de l’homme. Aux Etats-Unis, l’AFL-CIO a rencontré le Président Clinton pour insister sur l’importance des droits humains et syndicaux au 21e siècle.

50e anniversaire de la Convention N° 87

1998 marque également le 50e anniversaire de la Convention n° 87 de l’OIT qui garantit aux travailleurs le droit à la liberté syndicale, c’est-à-dire le droit des travailleurs "d’établir des syndicats de leur choix pour défendre leurs intérêts et d’y adhérer". Et pourtant, plus de la moitié de la population mondiale continue de vivre sous des régimes qui n’ont pas ratifié la Convention n° 87 de l’OIT et cette année la liste de la CISL cite le chiffre record de 116 pays ayant enfreint les droits syndicats. En 1998, la CISL a demandé à 50 gouvernements qui n’ont pas encore ratifié cette convention - notamment la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, la Tanzanie, le Salvador et les Etats-Unis - de le faire sans plus tarder.

Chaque année, la CISL exerce une pression sur des pays pour qu’ils ratifient d’autres conventions clés de l’OIT, couvrant le travail forcé, le travail des enfants, la discrimination et les droits syndicaux, en les exhortant de "se soumettre volontairement" au contrôle des organismes juridiques internationaux. Les chiffres de l’OIT publiés à la veille du 50e anniversaire montrent que la Convention sur le travail forcé (la convention n° 29 de l’OIT) a le plus haut taux de ratification (145 sur 174 pays), alors que la Convention n° 138 sur l’âge minimum d’admission à l’emploi (également connue comme la Convention sur le travail des enfants) a obtenu le taux de ratification le plus faible : 59. "Il reste beaucoup à faire", dit la CISL, qui reconnaît toutefois que les autres conventions de l’OIT relatives aux "droits humains" jouissent d’un taux relativement satisfaisant de ratification (n° 105 "Abolition du travail forcé" (128 ratifications), n° 87sur la liberté syndicale (122 ratifications), N° 98 sur la négociation collective (138 ratifications), n° 100 (sur l’égalité entre hommes et femmes au travail (137 ratifications), n° 111 sur la discrimination dans l’emploi pour des raisons politiques, ethniques, raciales, religieuses, nationales et politiques (130 ratifications).

Lancement de la nouvelle campagne sur les normes du travail

La ratification de ces normes fondamentales devient de plus en plus importante avec l’augmentation du commerce mondial, dit la CISL. Accusant les régimes répressifs partout dans le monde "d’exploiter des avantages concurrentiels déloyaux en piétinant les droits humains fondamentaux des travailleurs", la CISL souligne que les normes fondamentales devraient être observées dans les accords commerciaux mondiaux, au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de "toutes autres institutions multilatérales où le commerce est réglementé au bénéfice exclusif de ceux qui en tirent un profit financier direct".

Le 10 décembre 1998 marque le lancement d’une campagne que la CISL mènera pendant un an pour obtenir que les droits des travailleurs figurent à la table de négociation du prochain cycle de négociations commerciales de l’OMC, qui sera lancé à sa réunion ministérielle de décembre 1999 aux Etats-Unis.

Au cours de l’année prochaine, la CISL maintiendra la pression sur les Etats membres de l’OMC afin qu’ils honorent l’engagement pris il y a deux ans de respecter les droits fondamentaux des travailleurs dans leurs accords commerciaux. Nous utiliserons toutes les occasions qui se présenteront : aux réunions des institutions onusiennes, aux réunions des institutions financières internationales, comme le FMI ou la Banque mondiale et aux réunions des chefs d’Etat, afin d’assurer que notre plaidoyer en faveur des droits des travailleurs soit entendu", a déclaré la CISL à la veille du 50e anniversaire de la DUDH.

La réunion ministérielle de l’OMC donne à cette organisation l’occasion de réorienter son programme de travail afin de répondre au besoin des populations d’un système commercial mondial équitable et démocratique. Cette réunion peut offrir aux dirigeants mondiaux la possibilité de créer la base d’un réel espoir en des conditions de vie et de travail meilleures pour les travailleurs et travailleuses du monde entier.

"Aujourd’hui, la mondialisation a montré son mauvais côté, les gouvernements et les employeurs n’étant que trop empressés à saper les droits fondamentaux des travailleurs pour obtenir un avantage concurrentiel", dit la CISL "Empêcher cette ruée vers le bas, sauver la mondialisation au profit des travailleurs, réclame une action urgente. La lutte pour le droit des syndicats à la liberté d’association est au coeur de notre combat. Elle doit être au coeur de notre action.


Confédération Internationale des Syndicats Libres
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