CISL EnLigne
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SIDA: Lépidémie des pauvres
Bruxelles, le 1er décembre 1998 (CISL EnLigne): Fin 1997, lépidémie de sida concernait moins de 30 millions dêtres humains. Fin 1998, ils sont plus de 33 millions à être contaminés. Parmi eux beaucoup de jeunes et de femmes qui luttent pour leur survie et qui nont jamais entendu parler des progrès -pourtant bien réels- de la recherche médicale. Tel est aujourdhui le principal paradoxe du sida quéclaire le dernier rapport du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) publié à loccasion de la Journée mondiale du sida: dun côté, une maladie chronique, de lautre, une maladie mortelle.
Dans les pays riches, les nouvelles associations thérapeutiques confirment leur efficacité. Les équipes médicales disposent dun arsenal pharmaceutique et des connaissances qui leur permettent daffiner les traitements contre le sida avec des taux de réussite de 60 à 70%; cela signifie que chez 2/3 des patients, on arrive à stopper la progression du VIH (virus de limmunodéficience humaine) et à diminuer la quantité de virus présente dans lorganisme. Dans les pays industrialisés, lenjeu actuel tourne donc autour de la gestion dune maladie chronique avec des traitements lourds, contraignants et aux nombreux effets secondaires.
Mais si quelques centaines de milliers de personnes vont mieux, limmense majorité (environ 95%) des personnes infectées par le sida mourront dans un laps de temps relativement court, faute davoir pu recevoir les soins les plus élémentaires. Leur problème? Etre pauvre dans des pays pauvres.
Daprès les dernières estimations dONUSIDA, 2.5 millions de personnes sont mortes du sida en 1998, plus que nimporte quelle autre année depuis lapparition du sida en 1981, cest aussi deux fois plus de décès que pour le paludisme . LAfrique subsaharienne est le continent le plus frappé: depuis le début de lépidémie, 4/5 des décès y surviennent. LAfrique australe connaît la plus forte progression et cest là que lon trouve les pays les plus durement touchés dans le monde: au Botswana, en Namibie, au Swaziland et au Zimbabwe, près dun quart des personnes âgées de 15 à 49 ans sont atteintes par le virus.
LAfrique du Sud relativement épargnée jusquil y a quelques années connaît des taux dinfection très préoccupants (un nouveau cas dinfection sur sept enregistré en Afrique cette année sest produit dans ce seul pays). La forte pression démographique, en particulier le nombre important de migrants des pays limitrophes qui, fuyant la misère, viennent y tenter leur chance explique en grande partie cette poussée de lépidémie. Dans les villes minières où la prostitution et la drogue - vecteurs importants du VIH- font partie du quotidien, les conditions de travail sont à ce point alarmantes, quelles peuvent à elles seules expliquer les risques que prennent les migrants . "Dans les mines dor sud-africaines, les mineurs ont une chance sur quarante dêtre tués par un éboulement et une sur trois dêtre gravement blessés. A titre de comparaison, les risques associés à une infection lente au VIH peuvent sembler bien lointains" dénonce ONUSIDA.
Les guerres et les déplacements de population quelles impliquent créent aussi des conditions propices à la propagation du sida. Dans les camps de réfugiés de la région des Grands Lacs, le surpeuplement, la violence, le désespoir et parfois, la nécessité de se prostituer pour survivre sont autant de facteurs qui ont contribué à lexpansion de lépidémie.
Partout dans le monde, les jeunes sont touchés de façon disproportionnée. Près de la moitié des nouveaux cas surviennent dans la tranche dâge 15 - 24 ans. Selon les estimations dONUSIDA qui, tout au long de cette année, a mené une campagne pour les jeunes, chaque jour, 7000 jeunes sont infectés, soit un toutes les 5 minutes. Sans des actions globales qui prennent en compte leur plus grande vulnérabilité, les coûts humains, mais aussi économiques de lépidémie vont continuer de croître de façon intolérable. Trop souvent, le manque de respect pour les droits fondamentaux des jeunes renforce et aggrave les risques quils courent, et en fait des proies faciles pour le virus. On leur nie fréquemment, au nom de la moralité, de la culture ou de la religion, le droit à léducation sur les dangers inhérents aux comportements à risques.
Dores et déjà, le développement des pays les plus concernés est gravement remis en question. Daprès les estimations, lespérance de vie des neuf pays où le taux de contamination parmi la population adulte est égale ou supérieure à 10% reculera de 17 années en moyenne. Les coûts engendrés par la maladie grimpent vertigineusement. Des entreprises ne parviennent plus à fonctionner, parce que les effectifs déjà restreints de travailleurs qualifiés sont décimés. En Afrique orientale et australe, des millions dadultes sont morts, laissant derrière eux des orphelins ou des partenaires qui ont besoin dêtre soignés. Dans certaines contrées particulièrement sinistrées, les trois quarts des lits des services hospitaliers de pédiatrie sont occupés par des enfants infectés.
Pourtant même dans certains de ces pays où lépidémie a causé dénormes dégâts, des résultats encourageants tendent à démontrer quil est possible denrayer sa progression avec des moyens peu importants. En Ouganda par exemple, les dirigeants sont parvenus à démystifier le sida, à encourager la discussion sur la sexualité. Avec laide de la société civile, des employeurs et des syndicats, ils sont parvenus à élaborer une politique de prévention très efficace et un système daccompagnement des malades.
Un autre signe despoir réside dans le lancement dun programme antisida financé par les Nations Unies dans onze pays et destiné à soigner 30 000 femmes enceintes qui sont contaminées. On a constaté en effet quun traitement à lAZT (un médicament introduit en 1985 et dont lefficacité perdure jusquà ce que lorganisme du patient développe des résistances) pendant les dernières semaines de la grossesse réduisait denviron 50% les taux de transmission entre la mère et lenfant. Mais lampleur du programme est sans commune mesure avec les efforts que nécessiteraient le dépistage et les soins des femmes enceintes, quand on sait par exemple que dans la ville de Mutare au Zimbabwe, près de 40% des femmes enceintes sont infectées par le VIH. En outre, des associations de lutte contre le sida dénoncent la logique des bailleurs de fonds pour qui seule compte la réduction de la mortalité infantile (le traitement ne se prolonge pas après la naissance, les mères restent condamnées à moyenne échéance) et la stratégie des fabricants de médicaments qui donnent un maximum de publicité à des actions très limitées en faveur des pays pauvres. La multinationale GlaxoWellcome qui participe à ce programme ne sest en effet engagée que pour 30 000 femmes enceintes, alors que le médicament en question (lAZT) va de toute façon tomber dans le domaine public en 2001.
Plus fondamentalement, le cynisme des entreprises pharmaceutiques se manifeste à travers leur réticence à mettre au point des vaccins contre le sida, en raison de linsolvabilité des pays les plus concernés. La mise au point et la commercialisation de médicaments destinés aux personnes infectées par le VIH dans les pays riches sont des solutions qui restent, pour elles, beaucoup plus rentables.
Néanmoins là aussi, on a quelque peu progressé: la pression
internationale et de nouveaux fonds ont permis de relancer la recherche, ce qui laisse
croire que la découverte dun ou de plusieurs vaccins contre les différentes
souches du virus est un objectif réalisable dici 10 ans.
En attendant, la prévention reste le seul remède efficace. En Asie où la progression du
VIH retient de plus en plus lattention, elle commence seulement à être mise en
place (excepté en Thaïlande où un vaste programme fonctionne depuis plusieurs années).
Labsence de moyens est aussi très préoccupant en Europe orientale où le VIH
continue de se propager à une vitesse vertigineuse chez les toxicomanes.
Et dans les pays industrialisés, on constate que la prévention et le suivi médical ne touchent pas toujours ceux qui en ont le plus besoin. Ainsi, les cas dinfection se recensent en premier lieu dans les couches les plus pauvres de la population. Aux Etats-Unis, le taux dinfection chez les Afro-Américains est huit fois plus important que chez les blancs. En France, plusieurs associations protestent contre la discrimination envers les immigrés, déjà plus concernés par le sida et qui, en plus, font face à de grandes difficultés daccès aux soins. Bref, lépidémie de sida est très loin dêtre sous contrôle et elle na jamais été aussi dévastatrice quen 1998.
Confédération Internationale des Syndicats Libres
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