CISL EnLigne…
253/981119/DD

Le travail des enfants, l’esclavage et la discrimination sexuelle servent-ils à stimuler les exportations en Afrique de l’Ouest ? Une question posée dans un rapport syndical.

Bruxelles, 19 novembre 1998 (Info CISL) : Le travail des enfants et la main-d’oeuvre féminine à bon marché, desquels dépend l’agriculture en Afrique de l’Ouest, aident de nombreux pays à maintenir leurs frais d’exportation à des niveaux peu élevés, selon un nouveau rapport publié par la CISL.

Le rapport syndical sur les normes du travail au Burkina Faso, en Guinée, au Mali et au Togo, qui vient compléter l’examen des politiques commerciales effectué par l’OMC (20 Novembre) attire l’attention sur le recours important au travail des enfants dans les zones rurales, des enfants qui travaillent parfois dans des conditions proches de l’esclavage. A court terme, cette pratique contribue à encourager les exportations en réduisant le prix des produits agricoles, indique la CISL, mais à long terme elle retarde le développement économique du pays.

Au Burkina Faso par exemple, où le taux d’analphabétisme des adultes est très élevé, en particulier dans les zones rurales, de nombreux enfants travaillent dans des petites fermes familiales de subsistance au lieu d’aller à l’école. Au Mali, où selon une étude syndicale des enfants travaillent comme esclaves dans les mines de sel, le taux d’alphabétisme chez les adultes est de 11 pour cent pour les femmes et de 23 pour cent pour les hommes.

Le rapport signale qu’en Guinée dans le secteur rural, 66 pour cent des enfants entre 7 et 14 ans travaillent et au Togo où l’âge minimum légal d’admission à l’emploi est de 14 ans, de très jeunes enfants travaillent, en particulier dans l’agriculture et le secteur non structuré. Au Togo les enfants sont également les victimes du travail forcé ; ils travaillent principalement comme domestiques.

Le rapport révèle que dans tous ces pays, bien qu’un cadre légal pour l’enseignement gratuit et une législation interdisant le travail des enfants soient en place, d’importants efforts doivent être faits par les gouvernements pour faire profiter tout le monde de l’éducation. Tant dans l’intérêt du développement économique à long terme que dans celui des enfants eux-mêmes, les politiques propres à combattre le travail des enfants doivent être efficaces et correctement appliquées.

Le rapport indique que dans les quatre pays étudiés, les travailleuses sont fortement discriminées. Ce sexisme institutionnalisé, qui se reflète dans les bas salaires payés aux femmes, a également comme effet indirect de contribuer aux efforts d’exportation de ces pays. Dans un secteur où les femmes constituent la principale main-d’oeuvre, les frais d’exportation sont maintenus artificiellement bas.

Au Burkina Faso notamment les femmes sont confrontées à la discrimination dans l’éducation, l’emploi et les droits à la propriété, en dépit d’un code du travail qui interdit explicitement la discrimination sexuelle. Elles représentent 45 pour cent de la main-d’oeuvre, et elles travaillent principalement dans le secteur rural qui produit du coton, du bétail, des fruits, du cacao et du café pour l’exportation.

La situation est particulièrement mauvaise pour les femmes au Togo où un mari peut légalement s’opposer au droit de sa femme à travailler et où il contrôle ses recettes, tandis que les employeurs se montrent souvent réticents à embaucher des femmes, en particulier pour des postes plus élevés. Dans les zones rurales où vit la majeure partie de la population, les femmes n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à d’autres activités que les travaux des champs et des travaux domestiques pénibles. En outre, comme le travail forcé ne contrevient pas à la loi au Togo, il existe un commerce de femmes destinées à la prostitution ou aux services domestiques et les enfants ne sont pas protégés contre le risque d’être vendus et de devoir travailler sous contrainte pour rembourser des dettes, dans des conditions de quasi-esclavage, atterrissant souvent dans d’autres pays d’Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

Pour surmonter la discrimination contre les femmes, ces pays doivent appliquer une législation et entreprendre des actions en particulier dans le domaine de l’éducation et de la formation.

Les infractions aux droits syndicaux sont de loin les plus sévères au Togo où un dirigeant syndical a été assassiné récemment après s’être opposé à la privatisation de la société pharmaceutique, qui profiterait à de puissantes personnalités financières locales. En outre, les travailleurs et travailleuses des zones franches d’exportation du Togo ne sont pas adéquatement protégés contre la discrimination antisyndicale.

Et les trois autres pays ne peuvent eux non plus se targuer d’avoir une bonne conduite en matière de droit syndical et de droit à la négociation collective. Au Burkina Faso, le gouvernement a licencié des travailleurs parce qu’ils étaient affiliés à un syndicat et en Guinée, les syndicats d’ enseignants ont été victimes d’actes de violence commis par des bandits et orchestrés par le gouvernement. Au Mali, le droit de grève est limité, en particulier dans le secteur public, un fait que l’Organisation internationale du travail (OIT) a condamné.

La CISL déclare que l’OMC devrait attirer l’attention de ces gouvernements sur leurs engagements à respecter les normes fondamentales du travail lors de la conférence ministérielle de l’OMC. Elle déclare en outre que le Conseil général de l’OMC devrait travailler en étroite collaboration avec l’OIT pour assurer que les pays prennent des mesures pour conformer leur législation et leur pratique aux normes fondamentales du travail et rendre compte à l’OMC des progrès accomplis.

Vous pouvez trouver le rapport de la CISL sur le site Web de la CISL


Confédération Internationale des Syndicats Libres
Boulevard Emile Jacqmain 155, B - 1210 Bruxelles, Belgique. Pour plus d'informations
Contacter: Luc Demaret au: 00 322 224 0212 - press@icftu.org


Dépêches précédentes - CISL en ligne