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Une semaine pour les jeunes, avenir du syndicalisme (6)

Le 30 octobre a été déclaré journée mondiale d'action pour les jeunes travailleurs et travailleuses. A cette occasion la CISL et l'Union internationale des jeunes socialistes (IUSY) ont lancé des initiatives dans plus de cent pays visant à promouvoir les droits des jeunes au travail. CISL EnLigne, le service de dépêches de la CISL, distribuera tout au long de cette semaine des articles sur la situation de jeunes travailleurs. Pour vous joindre à cette campagne visitez notre page jeunesse.

Brésil: Le défi de l’éducation
(Par Natacha David)

Bruxelles, 6 Novembre 1998 (CISL EnLigne): "Les deux gros problèmes pour les jeunes de la région, c’est l’insuffisance de l’éducation et de la formation et la difficulté de trouver un emploi. Les employeurs sont de plus en plus exigeants. Les effets négatifs de la mondialisation et de la crise financière internationale sont évidents. La restructuration du parc industriel passe par beaucoup de suppressions d’emplois et dans le même temps par un manque à gagner en termes de création de nouveaux emplois. Cette crise se traduit par une augmentation du travail des enfants, du secteur informel et de la précarisation du travail. Par exemple, les salaires sont très bas parce que les gens veulent travailler à tout prix et sont prêts à accepter n’importe quelles conditions", déplore Monica De O-Lourenco Veloso qu’une première expérience au sein du comité santé d’une entreprise métallurgique, un secteur où les accidents de travail sont particulièrement nombreux, a conduit à gravir les échelons de la centrale syndicale brésilienne Forca sindical.

"Jusqu’il y a peu, les générations de jeunes trouvaient de meilleurs emplois que leurs parents en terme de qualité et de style de vie, mais maintenant c’est le contraire", confirmait récemment à l’agence de presse IPS, Marcio Pochmmann, directeur du Center for Union Studies and Labor Economics (CESIT) de Rio. Le chômage parmi les jeunes de moins de 24 ans est au moins deux fois plus élevé que le taux de chômage des adultes. 62% des quelque 2,5 millions de travailleurs licenciés entre 1989 et 1997 étaient âgés de moins de 24 ans. En outre, les travailleurs qui ont plus d’expérience entrent maintenant en compétition avec les plus jeunes pour les emplois peu payés. Le nombre de jeunes salariés a diminué de 23,8% de 1986 à 1996, tandis que le nombre de jeunes au travail a augmenté de plus de 59%, des chiffres qui sous-entendent un glissement significatif des jeunes travailleurs vers le secteur informel.

Pour bénéficier du potentiel de production généré par son évolution démographique, le Brésil devrait créer 1,7 million d’emplois par an s’il veut absorber les jeunes qui débarquent sur le marché du travail tout en faisant baisser le chômage qui est aujourd’hui de 8%. Mais pour ce faire, l’OIT considère que la croissance brésilienne devrait être de 5% par an, un objectif pour le moins mis à mal par la crise financière actuelle. Depuis le début de l’année, sous le coup de la crise financière asiatique puis russe, le Brésil est entré dans une phase de stagnation et la récession pointe son nez pour 1999.

Désireux au départ d’améliorer les conditions de travail dans son secteur de la confection, Herienilton Brito Dilva, 28 ans, milite depuis 6 ans à Forca Sindical dont il est membre suppléant du comité exécutif. "Le manque d’éducation des jeunes ne leur permet pas d’avoir un travail assorti de bonnes conditions. Le problème principal, c’est l’éducation. C’est pourquoi on mène une grosse campagne à ce sujet". "Avec plusieurs publications de sensibilisation à l’appui, cette campagne a un impact remarqué dans les médias brésiliens", ajoute Ronald Suarez, 21 ans, le nouveau coordinateur pour la jeunesse à l’ORIT.

"Au Brésil, la durée de la scolarité est en moyenne de 6 années. Allonger et améliorer l’éducation est notre priorité. Les syndicats brésiliens ont créé des écoles et donnent des cours d’éducation de base ainsi que des cours de formation professionnelle. Subsidiés par des fonds publics, ces écoles qui fonctionnent depuis 2 ans ont pour objectif de former 240.000 jeunes âgés de 15 à 29 ans, la tranche d’âge la plus sensible en la matière. Anselmo Bianco, employé dans l’administration hospitalière, s’est engagé en 87 dans le syndicat du secteur de la santé de la CGT Brésilienne. Travailleur depuis ses 14 ans, il militait déjà au sein du mouvement de la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) lorsque le syndicat est venu vers lui. "Les objectifs entre la JOC et le syndicat étaient très semblables. Mais je me suis engagé dans le syndicat parce qu’il m’a semblé que les structures syndicales étaient mieux adaptées pour défendre les travailleurs". "Les trois organisations brésiliennes affiliées à la CISL (CGT, Forca sindical et CUT) ont ciblé le secteur des services, où les jeunes sont les plus nombreux, et y ont organisé une série de séminaire sur des thèmes qui interpellent vraiment les jeunes, comme la sexualité, la drogue, l’emploi, l’écologie. Dans le nord du Brésil, on a organisé des débats avec les jeunes des organisations étudiantes. On a réussi à mettre sur pied des activités en commun et depuis lors, on a remarqué un impact direct sur le recrutement", poursuit Anselmo.

"Force est de constater que jusqu’il y a peu, les syndicats brésiliens n’attiraient pas du tout les jeunes. Et pourtant, grâce à l’action de jeunes syndicalistes, les syndicats commencent à réussir à renverser la vapeur. On est parvenu à créer une demande et maintenant il n’est plus possible de ne plus tenir compte de nous. Sur cette base, on travaille pour impliquer davantage encore nos directions dans des programmes en faveur de la jeunesse", explique Monica. "La priorité des priorités, c’est de nous aider à améliorer la formation syndicale des jeunes. Il faut les préparer non seulement à discuter des questions qui concernent les jeunes mais aussi de toutes questions importantes pour le travail syndical en général, que ce soit dans les domaines économique et politique, par exemple pour mieux comprendre la mondialisation. On veut aussi travailler avec l’ensemble de la société. Les ONG les mouvements sociaux… on veut s’intégrer pleinement dans la société, ne pas être un mouvement à part. Il est capital de renforcer le rôle social des syndicats! Et Monica de conclure: "On a plein d’idées formidables mais on manque cruellement de ressources. C’est très important pour nous que la CISL incite ses affiliés à soutenir les projets et activités que nous menons".


Confédération Internationale des Syndicats Libres
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