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Une semaine pour les jeunes, avenir du syndicalisme (3)

Le 30 octobre a été déclaré journée mondiale d'action pour les jeunes travailleurs et travailleuses. A cette occasion la CISL et l'Union internationale des jeunes socialistes (IUSY) ont lancé des initiatives dans plus de cent pays visant à promouvoir les droits des jeunes au travail. CISL EnLigne, le service de dépêches de la CISL, distribuera tout au long de cette semaine des articles sur la situation de jeunes travailleurs. Pour vous joindre à cette campagne visitez notre page jeunesse.

La marque de l’exclusion
(Par Natacha David)

Bruxelles, 3 Novembre 1998 (CISL EnLigne): "Les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi souffrent d’un manque d’expérience et trop souvent d’un niveau d’éducation trop bas, soit parce qu’ils ont quitté l’école trop tôt, soit parce que l’enseignement qu’ils y ont reçu n’est pas adapté aux exigences du marché de l’emploi. Souvent, quand ils décrochent un emploi, ils subissent des bas salaires, une sécurité d’emploi très limitée et un niveau de protection sociale également très bas, qui les entraînent dans un processus d’exclusion. C’est logique que, dans beaucoup de ces cas, les jeunes travailleurs soient insatisfaits, frustrés de leur situation… ". C’est ce que déclarait en juin dernier le Colombien Castillo Cardona, rapporteur du Comité des résolutions à la conférence annuelle de l’OIT.

La frustration commence aux portes des écoles. Car si l’OIT souligne la nécessité, pour les pays soumis à la mondialisation et la concurrence accrue, d’investir dans la formation et le développement des compétences de la main-d’oeuvre(1), l’éducation reste pour beaucoup de jeunes des pays en développement un privilège qui leur est de plus en plus inaccessible.

Faute d’argent pour s’inscrire et se procurer les fournitures scolaires, ou encore se payer les transports jusqu’à l’école, de plus en plus de jeunes, en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, ne vont plus à l’école. La crise financière en Asie a ainsi jeté hors des écoles pas moins de 20% des étudiants indonésiens.

Cette exclusion scolaire est trop souvent féminine. Victimes de préjugés qui donnent la priorité à leurs frères, deux tiers des enfants du monde qui ne vont pas à l’école ou qui l’abandonnent en cours de cursus sont des filles. En Afrique, le problème du mariage et des maternités précoces est un obstacle supplémentaire à l’éducation des filles.

Formation inadéquate

Les problèmes liés à une formation insuffisante ou inadéquate n’épargnent pas les jeunes des pays industrialisés. Pour exemple, alors que la question de l’éducation et de la formation des jeunes dans le contexte d’un chômage grandissant était souvent au centre du débat lors des récentes élections en Allemagne, Martin Debener, responsable d’une agence de conseil aux chômeurs dans le land de Rhénanie Nord-Westphalie déclarait récemment au "Figaro": "environ 70% des jeunes Allemands n’arrivent pas jusqu’au niveau du bac, et il y a de plus en plus d’analphabètes dans la tranche des 30-40 ans". Des chiffres qui en disent long sur le décalage entre la formation des jeunes et les exigences de plus en plus pointues du monde du travail. Un décalage que la transition économique a également exacerbé en Europe de l’Est.

La plaie du chômage

Selon l’OIT, quelque 60 millions de jeunes, âgés de 15 à 24 ans, sont à la recherche d’un emploi mais ne parviennent pas à en trouver (un chiffre qui sous l’effet de la crise internationale augmente chaque jour). Dans les pays en développement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, le chômage urbain des jeunes dépasse souvent 30% et les jeunes n’ont d’autre choix que de s’engouffrer massivement dans l’économie informelle. En Afrique sub-saharienne, il est exacerbé par une démographie qui ajoutera d’ici 2010 pas moins de 8,7 millions nouveaux demandeurs d’emploi par an. En Asie, les jeunes sont en première ligne dans le désastre social provoqué par la crise financière, qui se traduit par une contraction et une précarisation du marché de l’emploi.

Dans la plupart des pays de l’OCDE, le taux de chômage des jeunes tourne autour de 20%, avec des différences de taux toutefois assez sensibles selon les pays. Dans de nombreux pays européens, une des clés de l’approche politique du problème est de donner des avantages financiers aux entreprises qui engagent et qui forment de jeunes travailleurs. Au milieu des années 90, ces "contrats-jeunes" ont compté pour près de 25% de l’emploi des jeunes en Italie, 20% en Grèce, et 12% en France et en Espagne.

Emploi à temps partiel, contrat à durée déterminée, mission d’intérim, contrat emploi/formation en alternance, contrat "jeunes", stage en entreprise… les formes d’emplois "atypiques" réservées aux jeunes prolifèrent d’autant plus qu’elles répondent bien aux besoins de flexibilité accrue du marché, mais trop souvent elles sont synonymes de précarité pour les jeunes. "L’emploi instable, puis précaire, souvent antichambre de l’exclusion, est devenu un problème crucial dans les pays développés confrontés à la crise économique", constate le BIT(2).

La criminalité juvénile est en hausse quasi partout dans le monde. Se sentant exclus de la société, les jeunes désoeuvrés sont, surtout dans les villes, très vulnérables à différentes formes de violence et de criminalité, particulièrement le trafic de drogue.

Comme le déclarait récemment , Austin Liatyo, vice-président de la centrale syndicale zambienne ZCTU dans le "Times of Zambia", "La criminalité est liée à la non-productivité". En Asie aussi, la crise pousse les jeunes à vivre en marge des lois. "Ceux qui veulent pénétrer sur le marché du travail n’arrivent plus à décrocher un emploi, de plus en plus de jeunes n’ont d’autre choix pour survivre que de s’engager dans des activités criminelles, comme le trafic de drogue ou la prostitution". Tel est le constat accablant dressé lors du séminaire syndical qui s’est tenu cet été à Bangkok sur "l’impact de la crise financière et économique sur les jeunes travailleurs et les femmes".

Dans les pays développés, malgré des niveaux de vie relativement élevés, les problèmes psychologiques, sociaux et physiques se sont accrus parmi les jeunes au cours des années 90. L’alcoolisme et la toxicomanie, le tabagisme, les troubles de l’alimentation, le manque d’exercice physique et un taux élevé de suicide sont autant de problèmes qui affectent sérieusement la jeunesse du monde développé. En Australie, par exemple, les suicides chez les jeunes ont pris des proportions tellement alarmantes que, cet été, un conseil national a été spécifiquement créé pour traiter du problème.

Le BIT souligne le lien entre chômage des jeunes et problèmes sociaux tels que crime, toxicomanie ou encore vandalisme, et de conclure que l’exclusion des jeunes est une menace pour la cohésion sociale et la démocratie.

(1)"Emploi des jeunes", rapport du BIT pour la conférence mondiale des ministres de la Jeunesse, Lisbonne, août 1998.
(2)"L’insertion des jeunes et les politiques d’emploi-formation", Jacques Gaude, BIT, 1997.


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