CISL EnLigne
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La CISL pourrait se porter partie civile contre Pinochet
Bruxelles, 21 octobre, (CISL EnLigne): "Les crimes contre l'humanité imputables au général Pinochet ont été commis en grande partie contre les syndicalistes chiliens", a rappelé aujourd'hui la Confédération internationale des Syndicats libres (CISL), indiquant qu'elle "suivait de très près, et en étroite collaboration avec ses syndicats affiliés dans tous les pays concernés" l'arrestation à Londres d'Augusto Pinochet et qu'elle "pourrait se porter partie civile contre l'ancien dictateur".
Dans une déclaration publiée hier 19 octobre à Santiago et dont la fermeté exceptionnelle tranche avec de nombreuses déclarations mitigées de la classe politique chilienne, la Centrale Unitaire des Travailleurs du Chili (CUT) déclare ne voir "aucune raison de mettre en question ou de faire obstacle à (la) procédure pénale" contre Pinochet, qu'elle accuse d'être "responsable du plus impitoyable terrorisme d'Etat".
Dans la déclaration qu'elle publie aujourd'hui à Bruxelles, la CISL salue la décision des autorités britanniques d'arrêter le général Pinochet en vue d'une possible extradition vers l'Espagne. "La CISL fera absolument tout ce qui est en son pouvoir afin que la justice suive son cours et que le Général Pinochet réponde de ses crimes devant les tribunaux", a déclaré Bill Jordan, Secrétaire général de la CISL, qui a aussi mis en garde les affiliées de la CISL devant ce qu'il considère comme "la menace à peine voilée de voir des intérêts commerciaux et une soi-disant raison d'état prendre le pas sur le droit international et la moralité publique".
Ainsi, la CISL a décidé de "soutenir sans réserve, et par tous les moyens politiques ou de droit" une initiative conjointe de ses deux centrales affiliées en Espagne, l'UGT et les CCOO visant à faire porter une "pression politique maximale" sur le gouvernement de Madrid afin que celui-ci "fasse suivre à Londres, le cas échéant et dans les meilleurs délais, toute demande d'extradition que lui adresserait la justice espagnole". Dans des déclarations publiées hier, 19 octobre à Madrid, l'Union générale du Travail (UGT) a "appuyé sans réserve la détention de Pinochet" et exprimé sa confiance "dans le fait que l'intervention de l'état de droit rétablira de manière implacable la justice refusée à tant de victimes innocentes", tandis que la Confédération syndicale "Comisiones Obreras" estimait que "le malaise apparent avec lequel le Président du Conseil (José Maria Aznar) a reçu la nouvelle ne pouvait affecter l'autonomie de la justice" dans le dossier.
Contactée par la CISL, la confédération syndicale britannique, le TUC, a affirmé "soutenir pleinement tous les efforts visant à faire oeuvre de justice dans cette affaire".
Rappelant que les syndicalistes chiliens avaient figuré au tout premier plan de la répression des années '70 et '80 au Chili, la CISL affirme être prête à soutenir "avec des éléments nombreux, précis et irréfutables" l'accusation de crimes contre l'humanité et de terrorisme d'état lancées par le juge espagnol Baltasar Garzón. Des centaines de syndicalistes démocratiques furent arrêtés pendant la dictature de la junte militaire, et des dizaines d'entre eux furent torturés ou assassinés ou encore disparurent après leur capture par l'ancienne police politique chilienne, la DINA.
A l'époque, rappelle la Confédération, les syndicats de nombreux pays avaient rejoint le "Comité pour la Défense des Droits humains et syndicaux au Chili", fondé par la CISL au lendemain du coup d'état de septembre 1973 et dont les interventions répétées permirent de sortir des dizaines de syndicalistes du stade "Chile" et d'autres prisons chiliennes, ainsi que d'obtenir des sauf-conduits pour de nombreux syndicalistes réfugiés dans les ambassades étrangères à Santiago. La CISL avait ainsi réussi à mettre à l'abri des syndicalistes chiliens "dans de nombreux pays, notamment en Europe, ce qui légitime d'autant plus l'intérêt porté par de nombreux syndicats Européens à l'arrestation d'A. Pinochet", a encore affirmé Bill Jordan.
Enfin, arguant de "nombreux dommages physiques, moraux et financier" subis par le mouvement syndical chilien et international pendant la dictature, la CISL indique qu'elle "étudie avec soin toutes les possibilités juridiques" d'intervenir à titre particulier dans la procédure, "y compris de nous porter partie civile, s'il y a lieu". Selon la CISL, "une telle démarche pourrait avoir lieu en Espagne, au Royaume Uni, ou même en Belgique", où elle a son siège.
La CISL dont le siège est à Bruxelles regroupe 206 centrales syndicales nationales de 141 pays représentant plus de 125 millions de travailleurs et travailleuses de par le monde.
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