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Un nouveau rapport de la CISL décrit la répression exercée par l’Etat contre des syndicalistes en Turquie

Bruxelles, 13 octobre 1998 (La CISL en ligne) : Le gouvernement utilise fréquemment la police pour attaquer et tabasser des syndicalistes. Tel est le constat que fait la CISL dans un nouveau rapport publié aujourd’hui et préparé après des consultations avec les affiliées turques de la Confédération.

Le rapport sur le respect par le gouvernement turc des normes du travail, qui vient compléter l’examen par l’Organisation mondiale du travail des politiques commerciales, indique que la Turquie ne respecte guère de nombreux droits des travailleurs, en dépit de critiques vigoureuses et persistantes de l’Organisation internationale du travail des Nations Unies, et souligne qu’une grande partie de la législation de ce pays remonte à la dictature militaire turque.

Entre 1992 et 1996, signale le rapport, les autorités et les forces de sécurité sont maintes fois intervenues pour soutenir les employeurs durant des campagnes syndicales et des grèves, parfois en envoyant des forces gouvernementales pour attaquer violemment les syndicalistes. Entre 1996 et 1998, pas moins de 40.000 syndicalistes ont été licenciés pour avoir adhéré à des syndicats affiliés à DISK, une centrale syndicale turque, et les tribunaux n’ont pu assurer aucune protection contre la discrimination antisyndicale. Récemment, des travailleurs de l’usine de la multinationale Siemens à Bursa ont été licenciés alors que les employeurs essayaient de les obliger à se désaffilier de leur syndicat.

Au début de cette année, des employés de la fonction publique ont manifesté devant le parlement pour protester contre un nouveau projet de loi qui contenait de nombreuses négations des droits des employés de l’Etat à négocier collectivement et à faire grève. La police a attaqué les manifestants en utilisant des canons à eau, du gaz lacrymogène et des matraques. La violence fut telle que de nombreux membres du syndicat des transports ont dû être hospitalisés. La Turquie essaie d’attirer les investisseurs étrangers et de promouvoir les exportations en promettant qu’aucune grève ne viendra perturber ses dix zones franches d’exportation pendant les dix premières années d’activités, puisque la nouvelle législation interdit les grèves dans ces zones. Dans d’autres secteurs également les grèves sont tout simplement interdites - par exemple dans le secteur des banques, des transports, de l’exploration, et dans la distribution de l’eau, du gaz, de l’électricité, du charbon, du gaz naturel et du pétrole, ce qui constitue une violation flagrante des normes adoptées à l’échelle internationale concernant les droits syndicaux.

Discrimination

Selon le rapport, la répression exercée contre les travailleurs est très importante dans la région du sud-est de la Turquie où la majorité de la main-d’oeuvre est kurde. Par exemple, le syndicat des employés municipaux, Belediye-Is, à Diyarbakir, a indiqué qu’il était impossible d’appliquer les droits des travailleurs dans la région. Les salaires sont versés avec du retard et des membres syndicaux et travailleurs sont licenciés et harcelés pour avoir revendiqué leurs droits. Plusieurs syndicalistes de la région ont été enlevés.

Si l’on ignore dans quelle mesure les problèmes relatifs aux droits syndicaux sont liés aux questions de l’identité kurde, il semble que les maires locaux recourent à la Loi antiterroriste de 1991, initialement introduire pour contenir les activités kurdes, pour réprimer les syndicalistes de la région. De nombreux syndicalistes de la région ont été arrêtés brutalement et torturés.

Halil Cabir Karacadagli, président de la branche de Diyarbakir du syndicat de l’énergie, de l’eau et du gaz, a été détenu et torturé à la fin de 1996 quand la police essaya de l’obliger à devenir un informateur, et en mai 1997, Haydar Kilicoglu, le président de la banche de Diyarbakir du syndicat des enseignants, et d’autres membres syndicaux, ont été détenus tandis que la police effectuait une descente dans les bureaux du syndicat. Aux termes de la législation d’exception, des détenus peuvent être privés pendant 30 jours de tout accès à un avocat et la torture en détention est monnaie courante.

En février 1998, vingt employés de la fonction publique ont été déplacés de force dans différentes villes et les autorités utilisent également la législation pour stopper toutes activités syndicales à Dijarbakir, Asdiyaman, Siirt et Agri.

Les femmes souffrent de discrimination en tant que travailleuses en Turquie et un important pourcentage de celles employées dans l’agriculture, les restaurants et le secteur hôtelier ont tendance à travailler dans ces secteurs comme travailleuses familiales non rémunérées. En Turquie, sur 151.000 cadres, 11.000 seulement sont des femmes. Ceci n’est guère surprenant, dit la CISL, dans un pays où les valeurs familiales traditionnelles dans les zones rurales placent beaucoup plus l’accent sur l’éducation des garçons, où de nombreuses filles ne terminent pas leurs études primaires et où le taux d’alphabétisation des femmes est de 71 pour cent contre 91 pour cent chez les hommes.

Le travail des enfants

Le travail des enfants est un problème grave en Turquie. Il semble qu’il soit utilisé dans la production de biens d’exportation comme les chaussures, qui sont produites dans le secteur non structuré, où la majorité des enfants-travailleurs sont occupés. S’il y a des lois qui interdisent l’emploi des enfants, elles ne sont appliquées que dans le secteur industriel structuré. Selon les recherches syndicales, 32 travailleurs sur 100 se trouvent dans la tranche d’âge entre 6 et 19 ans. Trois millions et demi de personnes entre 12 et 19 ans travaillent et près de la moitié d’entre elles ont moins de 16 ans. Les enfants employés sur des lieux de travail et à domicile représentant 5 pour cent de la population active totale et la plupart sont employés dans les secteurs du métal, de la chaussure, du travail du bois et de l’agriculture.

Le gouvernement travaille aujourd’hui aux côtés de l’OIT pour éradiquer le travail des enfants. Le ministre turc du travail s’efforce avec les centrales syndicales Turk-Is, DISK et KESK et l’Association patronale turque de résoudre le problème, et un système d’étiquetage devrait entrer en vigueur en 1998.

Conclusion

La CISL conclut son rapport en disant que les droits syndicaux sont constamment enfreints et que le gouvernement turc devrait prendre une action urgente pour changer la loi et pour s’attaquer à la façon dont les employeurs la bafouent. Le rapport dit également que l’administration locale dans le sud-est de la Turquie devrait faire l’objet d’une réforme approfondie pour assurer le respect total des droits des travailleurs et l’absence de discrimination. Dans le domaine du travail des enfants, le gouvernement doit renforcer son système d’inspection pour assurer que les enfants aillent à l’école.

La CISL ajoute que l’OMC devrait attirer l’attention du gouvernement turc sur les engagements qu’il a pris pour respecter les normes fondamentales du travail aux conférences ministérielles de l’OMC.


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