CISL EnLigne
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Restructurations chez Levis: les syndicats veulent élargir la discussion au niveau mondial
Bruxelles, 9 octobre 1998 (CISL EnLigne): "Levi Strauss applique une stratégie profondément antisyndicale. Cest une multinationale qui se dit sociale, mais son attitude est en complet décalage avec limage de marque quelle tente de se donner. Elle a été la première à adopter un code de conduite dans lequel elle sengageait à respecter les normes sociales minimales, mais elle ne lapplique pas." Réuni cette semaine à Berlin, le comité exécutif de la Fédération internationale des travailleurs du textile, de lhabillement et du cuir (FITTHC), affiliée à la CISL, dénonce lhypocrisie du numéro un mondial du jeans qui vient dannoncer, le 29 septembre dernier, son intention de fermer quatre usines en Europe (trois en Belgique et une en France) employant 1461 travailleurs au total. "Après les discussions que nous venons davoir avec les délégués américains, nous sommes convaincus de la nécessité délargir la discussion au niveau mondial. Une lettre est partie ce jeudi matin au siège central de Levis dans laquelle nous invitons Bob Haas le pdg du groupe à nous rencontrer. Pour Patrick Itschert, le secrétaire général de la fédération syndicale européenne pour le secteur, les explications avancées par Levis depuis plusieurs mois pour justifier les importantes restructurations (11 usines fermées aux Etats-Unis et deux autres entités américaines devraient subir le même sort) ne tiennent pas la route et si la marque a perdu de son attrait auprès des jeunes consommateurs, la vraie raison, cest la volonté de maximalisation des profits. "Les sites belges et français menacés de fermeture sont bénéficiaires. Mais les prétendues surcapacités du groupe correspondent comme par hasard à un accroissement de ses activités à lextérieur de lUnion européenne. Levis joue à coups de sous-traitance ou de joint-venture. En Turquie par exemple, ils ont passé un contrat avec un sous-traitant exclusif. Une usine a été créée. En août 97, elle employait 150 personnes, cet effectif va bientôt être triplé. Ma conviction profonde est donc quil sagit de délocalisation déguisée et planifiée de longue date."
En outre, Levis ne respecte pas les conventions 87, 98 et 135 de lOIT sur la liberté syndicale et la négociation collective, poursuit Patrick Itschert. "En Hongrie, la direction empêchait les travailleurs de sorganiser. Nous nous sommes battus pendant deux ans et finalement, devant lampleur du mouvement, elle a dû céder." Des pratiques qui nauront guère surpris les délégués américains présents à Berlin cette semaine au comité exécutif de la FITTHC, laquelle a donc décidé daccentuer la pression auprès de la direction centrale pour quelle respecte ses engagements (son code de conduite) et les normes du travail.
Quant au sort des 1461 travailleurs belges et français, la réunion à Bruxelles le 5 octobre du comité dentreprise européen de Levis sest conclue avec la décision daccorder un délai aux représentants des travailleurs pour formuler des contre-propositions sur base de rapports dexperts. Mais le manque de représentativité de ce comité Levis rend les discussions à venir très problématiques et attise la colère des syndicats. "La direction a habilement manoeuvré, juge Patrick Itschert, de sorte que les syndicalistes délégués par les entités de production européennes représentant plus de 3000 emplois sont minorisés face à de nombreux "représentants" du personnel qui sont, en fait, des cadres dentités commerciales envoyés par le management de Levis. Ainsi, le délégué finlandais qui représente sept personnes a droit à une voix, comme la déléguée française qui ,elle, représente les 530 personnes menacées de licenciement à lusine de "La bassée". Dans les négociations pour la création du comité, on voulait une représentation à la proportionnelle, mais Levis a refusé."
La directive sur les comités dentreprises européens adoptée en 1994 par le Conseil des ministres européen doit permettre aux travailleurs dentreprises dites "de taille communautaire" dêtre mieux informés et consultés sur les activités du groupe, sur ses perspectives, sa structure, sa situation économique et financière et son évolution probable, en somme sur tout ce qui est susceptible daffecter les travailleurs. Sont concernées les entreprises qui emploient au moins 1000 salariés dans les 18 Etats signataires, et au moins 150 dans deux ou plusieurs de ces pays. A lheure actuelle, on compte quelque 450 comités dentreprise européen déjà opérationnels. La directive fera lobjet dune réévaluation par les partenaires sociaux européens dans quelques mois. Leur impact dans les relations industrielles peut être considérable et contribuer à une plus grande transparence dans le fonctionnement des multinationales. Linformation et la consultation peuvent nêtre que des étapes sur la voie de la négociation . Tout dépend en fait de la bonne volonté des directions centrales. Comme le montre par la négative, la fermeture de Renault Vilvorde hier, et celles annoncées chez Levis aujourdhui.
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