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La mondialisation est mise à l’épreuve, déclare l’Organisation syndicale mondiale

Bruxelles, 30 septembre 1998 (La CISL en ligne) : "La mondialisation est mise à l’épreuve", affirme la CISL dans sa déclaration aux réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale publiée aujourd’hui. Evoquant la propagation de la récession dans d’importantes parties du monde en développement, au Japon, en Russie et dans les pays de la CEI la CISL brandit le spectre d'un effondrement généralisé et réclame des mesures coordonnées urgentes pour réduire les taux d’intérêt, lancer des programmes sociaux à large échelle et réformer le système monétaire international.

Pour Bill Jordan, le secrétaire général de la CISL, le défi qui se pose au FMI et à la Banque mondiale offre également une occasion de moderniser les institutions et les réglementations qui régissent les marchés financiers mondiaux et de les adapter à la mondialisation. Soulignant l'effet de contagion de la crise sociale asiatique, avec son lot de pauvreté et de chômage, la CISL insiste sur le fait que "les crises financières et sociales sont intimement liées et que dès lors l’ensemble des mesures destinées à relancer l’économie mondiale doivent l’être également".

Le rapport de seize pages envoyé au Directeur général du FMI, Michel Camdessus, et au Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, et publié sur le site web de la CISL (http://www.icftu.org/english/sclause/escl98wbimf.html), déclare que les échecs politiques des gouvernements et l’attitude spéculative des investisseurs internationaux sont responsables du krach d’une série d’économies asiatiques. Le rapport réclame des progrès rapides pour développer une nouvelle architecture de réglementations financières internationales afin d’empêcher les banques de créer la pyramide d’endettements qui s’est effondrée en une cascade de prêts non productifs et de dévaluations des monnaies. Parlant de la nécessité d’une forte hausse de l’aide à des programmes d’urgence de création d’emplois et de filets de sécurité sociale, le rapport réclame "des programmes d’ajustement structurel pour promouvoir une bonne gestion et le respect des droits humains et des normes fondamentales du travail, un emploi accru et une réduction de la pauvreté plutôt que l’austérité et une déréglementation aveugle."

Deux propositions spécifiques pour une action immédiate relative au non-paiement des salaires en Russie et la restructuration de la situation commerciale asiatique bouleversée retiendront probablement l’attention du FMI et de la Banque mondiale.

La CISL propose une nouvelle facilité de crédit en Russie et en Ukraine, soutenue au niveau international, pour aider les entreprises qui garantissent le paiement à temps des salaires. "Une telle facilité ne serait pas inflationniste compte tenu du volume élevé de la capacité de production disponible. De plus, elle mettrait de l’argent liquide dans les mains de ceux qui en ont le plus besoin, et non dans celles des riches qui le placent à l’étranger, et, enfin, elle contribuerait à relancer le processus de réforme institutionnelle et de reprise économique, qui s’est dangereusement ralenti", précise la CISL.

En ce qui concerne l’Asie, le rapport souligne l’impasse à laquelle de nombreuses grandes entreprises asiatiques se trouvent confrontées. Elle sont trop grandes pour que les gouvernements leur permettent de tomber en faillite, mais elle s'avèrent incapables de réunir de nouveaux fonds pour se restructurer. "Un fonds international, financé par des gouvernements des pays industriels et fonctionnant dans le cadre de la réglementation financière internationale de la Banque mondiale, devrait être créé pour injecter un nouveau capital-actions dans les entreprises asiatiques et réduire les emprunts excessifs". Ce fonds superviserait l’élaboration de plans de restructuration financière et sociale de cinq à dix ans pour les principales entreprises, et vendrait ensuite les parts pour capitaliser de nouveaux fonds nationaux de sécurité sociale.

La CISL demande également aux gouvernements et institutions de "prendre des mesures immédiates" pour empêcher que la crise ne s’étende à l’Amérique latine et à l’Afrique. "Si un pays d’Amérique latine s’effondre, il pourrait y avoir un effet de "domino" avec la dégringolade d’autres pays, ce qui entraînerait un recul dans les efforts faits pour réduire le chômage et l’inégalité sociale", avertit la CISL. En Afrique, la "principale menace" est une réduction des recettes provenant des produits d’exportation , dit la CISL, ce qui sapera la fragile reprise dans plusieurs pays. Les prescriptions de la CISL pour l’Afrique comportent un plan de réduction et d’annulation de la dette pour remplacer l’Initiative, tant vantée mais décevante, pour les pays pauvres très endettés (IPPTE). Les 7 milliards en 4 ans de l’IPPTE contrastent avec les 100 milliards de dollars mobilisés pour l’Asie au cours de l’année dernière.

Regardant au-delà de la crise, la CISL croit fermement que l’avantage comparatif sera du côté des pays qui ont une cohésion sociale plus forte, fondée sur l’investissement dans l’éducation et la formation, les soins de santé et un système sain de relations professionnelles, avec pour base les normes fondamentales du travail.

Dans un appel à une action urgente des gouvernements, qui a trouvé un écho dans les déclarations récentes du Président Clinton, du premier ministre Tony Blair, du gouvernement français et de nombreux autres hommes politiques de premier plan, la CISL déclare : "Empêcher un effondrement mondial et construire les bases d’une relance et d’un développement durable n’est pas une question qui incombe exclusivement aux économistes et aux banquiers, c’est un défi posé aux dirigeants des principales démocraties mondiales du monde industrialisé et développé". Commentant les récentes discussions à l’Assemblée générale des Nations Unies, Bill Jordan a déclaré : "Après une année d’atermoiements, notre message semble passer. Stopper la mondialisation n’est ni réaliste ni souhaitable. La véritable question qui se pose à la communauté internationale est de savoir si nous pouvons créer les politiques et institutions internationales propres à gérer le processus de mondialisation au service des besoins et aspirations des populations".


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