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Oraf : En la rendant plus efficace et plus généreuse, les syndicats veulent sauver la "sécu" en Afrique
Bruxelles, 24 septembre 1998 (CISL EnLigne): Extension de la protection sociale au secteur informel, élargissement des risques couverts, transparence et rôle syndical accrus dans la gestion, telles sont les revendications des syndicats africains francophones visant à la fois à sortir la sécurité sociale d'une crise endémique due à la mainmise de l'Etat et à la prémunir des velléités de privatisation affichées par certains secteurs. Côté financement, les syndicats estiment que l'élargissement au secteur informel devrait également servir à étendre l'assiette des cotisants et à faire jouer ici aussi la solidarité.
Réunis du 15 au 17 septembre à Abidjan sous la houlette de l'Organisation régionale africaine de la CISL (Oraf), les dirigeants syndicaux de 19 pays africains francophones ont dressé un bilan désastreux des systèmes de protection sociale dans leurs pays (1). Excluant l'ensemble du secteur informel, la protection sociale institutionnelle ne concerne en moyenne que dix pour cent de la population active de ces pays, les risques couverts se limitent en général aux prestations familiales et aux retraites et ne prévoient ni le chômage, ni la maternité et les soins de santé. Le paiement des prestations souffre de retards importants et la gestion des caisses de sécurité sociale est dans beaucoup de pays entachée de malversations.
"Les caisses sont souvent utilisées par des dirigeants politiques pour des dépenses publiques injustifiées et/ou à des fins personnelles", ont dénoncé les syndicalistes de l'Oraf, exemples à l'appui. Dans tel pays la "sécu" a servi à financer la construction d'un aéroport, dans tel autre, la construction d'un hôpital dont le coût avait été gonflé, etc.
Alors que l'ajustement structurel provoque une flambée du chômage dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne et que l'exode rural se poursuit, les réseaux de solidarité traditionnels ne parviennent plus à combler un vide de plus en plus évident et dangereux.
Face à cette déliquescence, les syndicats rejettent les tendances à la privatisation des systèmes de sécurité sociale, telles que préconisées par la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international dans le cadre des programmes d'ajustement structurel. Au contraire, les syndicats exigent de l'Etat qu'il assume sa responsabilité "régulatrice" de la sécurité sociale mais qu'il laisse le soin de la gestion des caisses aux partenaires sociaux.
L'Oraf défend également un système de financement par répartition (les cotisations des actifs servant à financer directement les prestations) et rejette le modèle par "capitalisation individuelle" qui semble avoir les faveurs des institutions financières internationales.
Nominations des directeurs de caisse par les partenaires sociaux, participation accrue des syndicats dans les conseils d'administration, formation du personnel, figurent aussi parmi les exigences des syndicats qui se sont engagés pour leur part à mettre en place un programme de formation spécifique ouvert aux spécialistes syndicaux de l'Afrique francophone afin d'améliorer leurs compétences en matière de gestion et de contrôle interne et externe des caisses de sécurité sociale.
"La protection sociale doit être fondée sur les exigences d'équité et de justice sociale pour une meilleure prise en compte des besoins de protection générale des travailleurs et travailleuses", affirme l'Oraf.
L'Organisation régionale de la CISL a également souligné la nécessité de reconnaître aux femmes la plénitude de leurs droits en matière de protection sociale, "en particulier lorsqu'elles ont la responsabilité d'une famille monoparentale". Organisée en coopération avec l'Union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire, la Conférence d'Abidjan constitue une première pour l'Oraf qui devrait multiplier à l'avenir ses activités dans le domaine de la protection sociale. A Abidjan, les syndicalistes ont pu faire part de leurs doléances au Président de La République ivoirienne, Henri Konan Bedié, qui a reçu une délégation de l'Oraf conduite par son Président Madia Diop (Sénégal) et son secrétaire général Andrew Kailembo. Ils ont également fait plus ample connaissance avec le secteur informel ivoirien puisque les chauffeurs de "woros-woros" (taxis collectifs), "gbakas" (minibus) et "taxis compteurs", étaient en grève pour protester contre la mort d'un des leurs, abattu par la police lors d'un contrôle.
(1) Préparé pour la conférence d'Abidjan, un rapport intitulé "La situation de la protection sociale en Afrique: Principes, difficultés et perspectives" dresse un état des lieux complet de la situation en Afrique. Ce rapport est disponible sur simple demande à l'Oraf.
Pour en savoir plus: Oraf, Nairobi tél:++254 2 221 357 (Mansour Sarr), CISL Bruxelles (Mohsen Ben Chibani), tél: 32 2 224 03 45, Email:
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