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GRAND ANGLE: Les Comités d’entreprise Européens (3)

Tours de Babel
Par Jacky DELORME

Pour comprendre ce qui se trame dans sa multinationale, faut-il être nécessairement un délégué polyglotte? Au vu de la composition de plus en plus internationale des CEE, cela semble en effet souhaitable.

Bruxelles, 10 septembre 1998 (CISL EnLigne): L’anglais constitue le plus sûr des sésames et pas seulement pour les groupes anglo-saxons. Dans les sociétés scandinaves par exemple, la tendance va vers l’uniformisation: des réunions, des communiqués uniquement en anglais et des membres de CEE tenus d’avoir, à terme, une maîtrise suffisante de cette langue. Car il ne suffit plus de pouvoir se débrouiller, une connaissance "correcte" risque fort de laisser le délégué à quai au moment de décrypter un exposé trop technique ou de déchiffrer un document relatif à la stratégie de déverticalisation de l’entreprise, ce que confirme Pierre Laurent du comité Danone qui s’insurge cependant contre la promotion d’un unilinguisme qu’il juge antidémocratique: "il est faux de s’imaginer que des délégués - je parle des collègues de la production, les "syndicalistes d’atelier", pas les universitaires et les techniciens de haut niveau qui sont de toutes façons une minorité - sont à même de s’exprimer très clairement et très librement dans une autre langue que la leur. Pour cette raison, on a obtenu que tout soit traduit et que chacun puisse s’exprimer dans sa langue."

Bien que la directive passe le droit des délégués à la formation en langues sous silence, un nombre important d’accords prévoient que l’entreprise assume les frais inhérents à la traduction. Et tant pis si du côté de la direction, on fait la grimace. "Ça coûte horriblement cher, explique-t-on chez Sara Lee (France). On a dû dégager un budget spécial rien que pour cela et puis, il faut trouver un site qui puisse accueillir six cabines pour la traduction simultanée. Sans oublier toute la partie écrite. Mais bon, on assume, c’est le prix à payer pour maintenir cet esprit européen, permettre aux partenaires des autres pays de s’exprimer et éviter de refaire un comité à la française. Déjà que ce sont les Français les plus nombreux et les plus revendicatifs..."

Comprendre ce qui se dit, comprendre l’autre aussi. Pour Günther Vandevelde de la centrale métallurgique belge, ça ne s’arrête pas aux murs de la salle de conférence. Cet expert, habitué des CEE, se désole de ce à quoi peuvent parfois ressembler les de-briefings: "c’était après une réunion dans la filiale belge du groupe allemand Schmaldach Lubeca. On mangeait et on discutait, mais seulement par petits groupes: il y avait la table où l’on parlait allemand, une autre pour l’anglais, celle des représentants tchèques, etc. C’est inévitable que ça coince quand vous avez autant de pays mais c’est dommage, car ces moments informels sont très importants, ils devraient nous permettre de nouer des liens, de créer une véritable solidarité ."


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