CISL EnLigne…
176/980820/LD

Suite à la diffusion d'un rapport accablant du BIT sur le travail forcé

La CISL exige la démission de la junte birmane

Bruxelles, 20 août 1998 (CISL EnLigne): La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) a demandé aujourd’hui à la junte militaire birmane de démissionner et de laisser le pouvoir à un gouvernement démocratique, dirigé par des civils, tout en exhortant les entreprises étrangères à retirer leurs capitaux du pays tant que l’armée resterait au pouvoir.

L’appel de la CISL fait suite à la publication ce jour d’un rapport accablant de l’Organisation internationale du travail (OIT)**, une agence des Nations Unies (OIT) faisant état d’un recours systématique de la junte militaire birmane au travail forcé.

Le rapport de l’OIT, long de 400 pages, conclut que les faits sont d’une telle gravité qu’ils constituent des crimes aux termes de la législation internationale et impliquent par conséquent la responsabilité criminelle de tous ceux qui ont recours au travail forcé ou tolèrent de telles pratiques. L’OIT indique que les autorités birmanes enfreignent de manière flagrante la Convention sur le travail forcé de 1930 (Convention N°29 de l’OIT).

Les constatations de l’OIT sont basées sur le rapport d’une Commission d’Enquête qui vient de terminer ses travaux après une procédure judiciaire internationale d’une durée de deux ans. La Commission d’Enquête avait été établie suite à une plainte de délégués syndicaux de 25 pays à la Conférence internationale du travail de 1996, l’Assemblée annuelle de l’OIT, qui ont par la suite chargé la CISL de les représenter durant les travaux de la Commission. Il s'agit de la procédure légale la plus puissante que l’OIT peut entreprendre contre un Etat membre.

La CISL, en collaboration avec les syndicats birmans forcés à la clandestinité, notamment la fédération des syndicats de Birmanie (FTUB), a présenté de nombreux témoins lors des auditions de la Commission. La CISL et Amnesty International ont rassemblé des preuves filmées dans une vidéo qu’ils ont produite conjointement pour coïncider avec le lancement du rapport de l’OIT et qui comporte une interview exclusive de Daw Aung San Suu Kyi, secrétaire générale de la Ligue nationale birmane pour la démocratie (NLD), qui a remporté les élections de 1990. Les militaires qui se sont emparé du pouvoir à Rangoon ont jusqu'ici empêché le parlement issu de ces élections de se réunir.

La vidéo de la CISL et d’Amnesty International tournée clandestinement en Birmanie montre des enfants et des femmes déchargeant de lourds sacs de ciment d’une péniche, construisant un route sous la supervision de soldats à Rangoon, travaillant à un chantier d’irrigation dans la ville de Mandalay, et des hommes portant de terribles cicatrices dues aux nombreux transports effectués pour l’armée dans la jungle birmane. Le film comporte des commentaires de Aung San Suu Kyi sur le rapport du BIT. Celle-ci prédit que la junte qualifiera le rapport du BIT de "tissu de mensonges". Le Secrétaire général d’Amnesty International, Pierre Sané, s’engage également dans la vidéo à mener une action conjointe avec les syndicats pour appliquer les recommandations du BIT.

"Une chose est manifeste : la façon dont le travail forcé est utilisé en Birmanie est un crime contre l’humanité et il me semble que ce recours au travail forcé rend les chefs militaires responsables individuellement aux termes de la législation pénale internationale. Et le jour viendra peut-être où ce rapport sera utilisé contre eux s’ils sont traduits un jour devant une juridiction pénale internationale," souligne pour sa part Bill Jordan, secrétaire général de la CISL.

"Les multinationales qui font des affaires avec la junte birmane devraient se rendre compte aujourd’hui qu’elles traitent en fait avec des individus qui pourraient bien être traduits devant un tribunal pénal international pour répondre de crimes contre l’humanité", a-t-il ajouté.

L’enquête du BIT a conclu que le travail forcé est "répandu dans toute le Myanmar" - le nom officiel donné à la Birmanie par la junte et les Nations Unies, dont l’OIT est une institution spécialisée - pour la mise en oeuvre de projets allant du transport de matériel et de munitions pour les militaires, à la construction de routes, chemins de fer, ponts et autre infrastructure.

Le rapport de la Commission du BIT, qui constitue l’étude internationale la plus exhaustive menée à ce jour sur le recours au travail forcé en Birmanie, a également affirmé que la pratique "donne souvent lieu à l’extorsion d’argent, … à des menaces contre la vie et la sécurité et à des sanctions extrajudiciaires des personnes qui se rebellent…", ces menaces qui peuvent "aller de la demande de sommes d’argent à … des passages à tabac, tortures, viols et meurtres". Le rapport précise que le travail forcé est imposé à une vaste échelle à des "femmes, des enfants, des personnes âgées, et des personnes autrement inaptes au travail".

La CISL déclare qu’elle fera maintenant pleinement usage du rapport du BIT et réclame que l’on intensifie les sanctions économiques contre les dirigeants birmans si la junte refuse de se conformer aux recommandations de l’OIT.

"Les Etats-Unis, l’Union européenne, le Japon, la Chine et d’autres grandes puissances économiques devraient se rendre compte qu’il n’y a pas grand-chose à obtenir d’une poursuite des affaires avec les dirigeants birmans", a déclaré Jordan en s’appuyant sur le rapport du BIT, qui réclame sans équivoque "l’établissement d’un gouvernement librement choisi par le peuple (en tant qu’une) condition préalable indispensable à la suppression du travail forcé" en Birmanie.

La CISL qui représente plus de 120 millions de travailleurs et travailleuses dans 141 pays et territoires, a déclaré qu’elle demanderait à ses membres dans le monde entier à intensifier la pression sur le SPDC via leur gouvernement national, les Nations Unies et d’autres institutions et organisations multilatérales, ainsi que sur les entreprises, afin qu’elles se retirent de Birmanie. "Avec la publication de ce nouveau rapport du BIT, les multinationales ne peuvent plus dire qu’elles ignorent le triste record de la Birmanie en matière de droits humains", a souligné la CISL.

La Commission d’enquête du BIT a donné au SPDC (Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement) jusqu’au ler mai 1999 pour mettre sa législation en conformité avec ses obligations internationales.

**Le rapport du BIT est disponible sur son site internet: http://www.ilo.org


Confédération Internationale des Syndicats Libres
Boulevard Emile Jacqmain 155, B - 1210 Bruxelles, Belgique. Pour plus d'informations
Contacter: Luc Demaret au: 00 322 224 0212 - press@icftu.org


CISL en ligne