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Harcèlement sexuel: le prix fort pour Mitsubishi

Bruxelles, le 15 juin 1998 (CISL En Ligne): 34 millions de dollars, c’est la plus grosse somme jamais payée par une entreprise pour harcèlement sexuel. Cette somme, c’est la filiale américaine du groupe automobile japonais Mitsubishi qui va devoir la débourser pour mettre fin à une procédure engagée à son encontre par 300 de ses employées, suite à l’accord à l’amiable intervenu entre l’entreprise et la Commission fédérale pour l’égalité de traitement dans l’emploi (EEOC). Mitsubishi avait par ailleurs déjà dû verser 10 millions de dollars à un autre groupe de 30 employées qui avaient engagé des poursuites parallèles pour les mêmes motifs.

En cause, les graves pratiques de harcèlement sexuel dont plusieurs centaines de travailleuses se sont plaintes d’avoir été victimes de la part de leurs collègues et de leurs supérieurs, durant des années, dans l’usine de Normal, dans l’Illinois. Obligées parfois de coucher avec leurs contremaîtres, en tout cas contraintes à se laisser insulter et tripoter par leurs collègues, et accusées en outre, dessins à l’appui, de toutes les déviances sexuelles inimaginables sur les murs de l’atelier… toutes leurs plaintes auprès de leurs supérieurs sont restées sans suite, quand elles n’ont pas aggravé leur situation. Jusqu’au jour où, après une enquête de plus d’un an, la Commission pour l’égalité de l’emploi (EEOC), une agence du gouvernement fédéral, a, sur base d’une plainte déposée en 1994 par 30 ex-ouvrières, jugé les faits si graves qu’elle a engagé, le 9 avril 1996, une action en justice au nom de plusieurs centaines de travailleuses.

Dans un premier temps, Mitsubishi avait nié en bloc ces accusations, avant de reconnaître qu’il pouvait en effet y avoir "quelques problèmes" sur ce site de production de voitures. Très vite, la firme automobile était revenue sur ces débuts d’aveux" en tentant de "retourner", avec un certains succès, une partie du personnel. Des salariés ont en effet pris fait et cause pour la direction après avoir été prévenus par la direction que des licenciements n’étaient pas à exclure si le chiffre d’affaires devait pâtir des plaintes en cours. La direction avait même loué une cinquantaine de cars pour amener ses partisans à manifester devant le siège de l’EEOC à Chicago. Elle a par la suite adopté un profil plus bas et s’est notamment adjoint les services d’un ancien secrétaire au travail pour réaliser un audit et lui proposer des changements.

Ce geste n’a vraisemblablement pas suffit au yeux de l’EEOC et Mitsubishi va payer très cher le fait d’avoir pris le parti de négliger la gravité du harcèlement sexuel au travail. A cette somme de 34 millions s’ajoutent les 10 millions de dollars déjà déboursés pour indemniser une trentaine d’employées, sans parler des effets désastreux induits par les campagnes de boycott et la détérioration de l’image de marque du constructeur automobile. Mitsubishi devra par ailleurs, aux termes de l’accord conclu avec l’EEOC, établir un code de bonne conduite et prendre diverses mesures préventives en la matière. Tout en refusant toujours d’admettre la gravité des faits tels que présentés par l’EEOC, Mitsubishi s’est toutefois excusé auprès des travailleuses concernées. "Nous avons eu des problèmes impliquant du harcèlement sexuel qui demandent d’être corrigés et nous exprimons notre sincère regret à toute femme qui en a souffert", a déclaré Kohei Ikuta, vice-président exécutif de Mitsubishi Motor.

Ce montant de 34 miliards, soit trois fois plus que les dédommagements imposés en février dernier à la filiale de la firme américaine de la compagnie suédoise Astra pour les mêmes motifs, est le plus élevé jamais imposé à une société dans une affaire de harcèlement sexuel et l’EEOC a averti que cela ne serait sans doute pas le dernier. "Ne nous trompons pas d’appréciation à ce sujet. La situation de Mitsubishi n’est pas unique et aucun employeur de ne peut affirme que cela ne pourrait arriver dans son entreprise", a ajouté Pau M. Igasaki, le président de la Commission.

La CISL, qui mène campagne pour bannir le harcèlement sexuel des lieux de travail, considère que les syndicats ont un rôle important à jouer pour favoriser l’élimination du harcèlement sexuel sur le lieu de travail. De nombreuses organisations affiliées ont d’ailleurs négocié des procédures particulières de plainte ou des dispositions au sein des conventions collectives pour pouvoir agir si un cas de harcèlement sexuel se présente. Mais au-delà du rôle que les syndicats peuvent jouer, la CISL considère que c’est avant tout de la responsabilité de l’employeur de s’assurer que le harcèlement sexuel soit "hors la loi" dans son entreprise. C’est pourquoi la CISL espère que ce jugement servira de leçon aux employeurs pour qu’ils prennent enfin ce fléau au sérieux et agissent en conséquence pour l’éliminer.


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